Les ventes de bière sans alcool ne cessent de croître outre-Rhin et devraient représenter 10 % du marché cette année. Du baume au coeur pour les brasseurs allemands, en prise avec le déclin de la consommation de bière.

Pour les brasseurs allemands, le mois de janvier a toujours été un cauchemar. Après les fêtes, les clients optent pour un régime sec et se prêtent de plus en plus à la tradition du Dry January. Mais ces dernières années, ils peuvent en partie se consoler avec la hausse des ventes de bière sans alcool, qui s’est imposée en vingt ans comme un pilier du marché.

« Nous avons lancé nos bières sans alcool il y a trois ans, et elles occupent aujourd’hui une place importante dans notre gamme », explique Anika Stockmann, directrice de la communication de Lemke. La petite brasserie berlinoise, née en 1999, propose des blondes et des pale-ales sans alcool, dont les ventes en bouteilles représentent déjà 75 % des ventes avec alcool.

La bière du conducteur venue de RDA

Un succès qui illustre la « révolution » de la bière sans alcool outre-Rhin, où le segment représente environ 9 % du marché, selon Holger Eichele, directeur général de la Fédération des brasseurs allemands (DBB). « Nous dépasserons probablement la barre des 10 % cette année », estime-t-il, soulignant que le segment a doublé de taille en 20 ans, à 700 millions de litres.

Au premier semestre 2025, les ventes de pils (la première variété en Allemagne) sans alcool ont progressé de l’ordre de 9 %, selon les estimations de la fédération, alors que dans le même temps, le marché brassicole allemand a reculé de plus de 6 %, à 3,9 milliards de litres, selon l’Office fédéral des statistiques, qui ne comptabilise que les bières alcoolisées.

« Le déclencheur a sans aucun doute été la tendance à la santé et au bien-être qui prévaut depuis plus de dix ans dans tout le monde occidental, explique Holger Eichele aux ‘Echos’. Les gens vivent de manière plus consciente et consomment moins d’alcool. » La bière sans alcool est même devenue une boisson de sportifs, affirme-t-il, vantant ses qualités nutritives.

« De plus en plus de consommateurs se tournent vers des alternatives qui leur permettent de se faire plaisir sans restriction, ajoute un porte-parole de BRLO, une autre brasserie berlinoise. Les jeunes, en particulier, optent pour des boissons sans alcool qui peuvent être consommées à tout moment de la journée. » Même l’« Oktoberfest », la fête de la bière de Munich, n’y échappe pas.

Selon la légende, l’origine remonte à la République démocratique allemande (RDA), où le parti SED avait confié en 1972 à un jeune brasseur, Ulrich Wappler, la mission secrète de créer une bière sans alcool pour juguler un phénomène croissant d’alcoolisme. La boisson est baptisée « Aubi », pour « Autofahrerbier » ou bière du conducteur, et connaît un certain succès, jusqu’à la chute du Mur en 1989.

Une Gen Z plus raisonnable

La véritable percée, qui a lieu depuis une dizaine d’années, est un salut pour le secteur, confronté à la baisse continue de la consommation de bière alcoolisée. Depuis 2017, celle-ci a reculé de l’ordre de 10 %, souffrant du même phénomène qui tire inversement la consommation de bière sans alcool, à savoir une volonté de santé et de bien-être.

D’autres éléments ont accéléré la tendance, selon Holger Eichele, dont le moral des consommateurs sur fond d’inflation, mais aussi des facteurs plus sociétaux comme le développement du télétravail et la raréfaction des pots entre collègues, le vieillissement de la population et les habitudes de consommation plus raisonnée de la génération Z en matière d’alcool.

Dans le même temps, les quelque 1.500 brasseurs allemands, qui sont essentiellement des entreprises familiales, souvent centenaires, ont été confrontés à la hausse des coûts de l’énergie, du personnel ou du transport. Résultat, une cinquantaine a disparu en 2024 et la tendance s’est confirmée en 2025. « Nous assistons à une consolidation, car le gâteau rétrécit et les coûts augmentent, regrette Holger Eichele. La situation est de plus en plus difficile. »

Par Thibaut Madelin (Bureau de Berlin) –  A retrouver en cliquant sur Source

Source : En Allemagne, la « révolution » de la bière sans alcool, lueur d’espoir pour les brasseurs déprimés | Les Echos