« 97 % des bars et restaurants d’ambiance musicale sont des boîtes de nuit maquillées » : pourquoi le drame de Crans-Montana pourrait se reproduire

En France, le roi de la nuit, Laurent de Gourcuff, confie aux « Echos » sa vision du drame de Crans-Montana. Les discothèques ont cédé du terrain aux bars et restaurants festifs, soumis à des contrôles moins stricts.

Comme à Crans-Montana, cela aurait pu tourner au drame. Un début d’incendie s’est déclaré vers 2 heures du matin ce week-end dans les combles de la boîte de nuit Le Dream Club, à La Chapelle-d’Aligné, près de La Flèche (Sarthe).

Mais l’évacuation a été déclenchée immédiatement par l’équipe de salariés de la discothèque, qui a pu sortir dans le calme avec les 298 clients, en moins de deux minutes. Le départ de feu a même été neutralisé par les employés avant même l’arrivée des 38 pompiers et des 18 engins mobilisés sur les lieux.

Une enquête de gendarmerie est en cours pour déterminer les causes, mais une certitude : rien à voir avec le traumatisme engendré par l’incendie meurtrier du bar de nuit de la station suisse qui a fait 40 morts et 116 blessés au Nouvel An. Il faut dire que la discothèque française avait, elle, été contrôlée en octobre 2024 par la Commission de sécurité.

Forte densité de fêtards

Le drame de Crans-Montana a ravivé les préoccupations sur la fréquence des contrôles dans les établissements de nuit depuis que la commune suisse a reconnu qu’aucune inspection sécurité et incendie du bar n’avait été effectuée depuis 2019.

En France, en tant qu’établissements recevant du public de type P, les salles de danse font l’objet d’une réglementation particulière en termes d’incendie. Comme le pointe le roi de la nuit, Laurent de Gourcuff, qui détient le plus de boîtes de nuit en France (21) et qui a fondé Paris Society, respecter ces dispositifs est crucial.

« Pour qu’il y ait de l’ambiance, il faut concentrer beaucoup de monde, que les fêtards soient serrés. Donc les normes doivent être d’autant plus draconiennes. » Il sait de quoi il parle : « Mes sites ont la capacité de recevoir de 600 à 3.000 personnes. En fin de semaine, ils sont bourrés à craquer et totalisent 15.000 à 25.000 convives le week-end », explique-t-il.

Des bars qui s’improvisent boîtes de nuit

Ainsi, les plafonds d’une discothèque sont soumis à la norme M1 pour résister au feu. Ils brûlent très lentement et ne dégagent aucune fumée nocive. « Dans mes établissements, je défie quiconque avec un chalumeau de mettre le feu à un plafond, ça ne prendra pas », assure Laurent de Gourcuff.

Il utilise aussi « des scintillants » autour des bouteilles de champagne, en raison de leur côté festif et incitatif pour les clients (supprimés depuis l’accident de Crans-Montana par respect pour les victimes). « Nos plafonds sont totalement ignifugés, comme nos rideaux et banquettes. De la mousse au plafond, c’est nécessaire pour insonoriser, surtout quand il y a des habitations au-dessus. Mais on trouve des dalles à 10 euros ou à 160 euros, et évidemment, ce n’est pas du tout la même chose ! A 160 euros, ça va fondre mais ça ne va pas s’enflammer », poursuit-il.

Boîtes de nuit maquillées

Selon lui, face aux difficultés de fréquentation, beaucoup de bars, au fil des années, se sont transformés en boîtes de nuit en fin de semaine, période qui concentre la demande. « Mais ils ne se posent pas assez la question des normes M1 ou des sorties de secours. Chez moi, si une alarme se déclenche, une voix robotisée demande à tout le monde d’évacuer et la musique se coupe car autrement les jeunes ne mesurent pas toujours le danger », précise Laurent de Gourcuff.

De fait, « 97 % des bars et restaurants d’ambiance musicale sont des boîtes de nuit maquillées » , déplorait le 10 janvier un conseiller municipal de Val d’Isère dans les colonnes du « Dauphiné Libéré ». « Je veux bien que ces établissements fassent appel à des DJ, à de la sonorisation amplifiée, à des machines à fumer, tant que l’Etat pose un cadre réglementaire clair et juste », observait-il. Or ces transformations de bars en lieux festifs peuvent échapper à la vigilance des commissions de sécurité car la nuit n’est pas leur activité principale…

Moins de discothèques traditionnelles

Et c’est d’autant plus problématique que ces restaurants, bars ou tiers-lieux qui se transforment en pistes de danse avec DJ en soirée se multiplient en France, le nombre de discothèques traditionnelles ayant chuté de 70 % depuis les années 1980 à moins de 1.400, selon l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie. Dans la périphérie des villes, en zone commerciale ou rurale, c’est l’hécatombe.

Ces bars et restaurants festifs ont pris la relève, de la ville aux lieux de villégiature et de loisirs (telle La Folie Douce à la montagne ou sur les hippodromes), de même que certains acteurs culturels, comme Madame Arthur à Paris ou le Royal Palace près de Strasbourg, qui se muent en dancefloor après leurs shows de cabaret, ou occasionnellement le Centquatre, le Châtelet, le Théâtre du Rond-Point, la Philharmonie, le Centre Pompidou, les Franciscaines à Deauville, la Friche de la Belle de mai à Marseille…

Par Martine Robert – A retrouver en cliquant sur Source

Source : « 97 % des bars et restaurants d’ambiance musicale sont des boîtes de nuit maquillées » : pourquoi le drame de Crans-Montana pourrait se reproduire | Les Echos