Rémy Cointreau dépasse les attentes au troisième trimestre grâce aux Etats-Unis
La maison de cognac et autres alcools a renoué avec la croissance entre octobre et décembre 2025, nettement au-dessus des attentes des analystes. Alors que les Etats-Unis conservent une bonne dynamique, la situation en Chine reste difficile.
L’horizon s’éclaircit pour Rémy Cointreau, mis en difficulté comme l’ensemble du secteur des vins et spiritueux par les guerres commerciales auxquelles est confrontée l’Europe. Le fabricant d’alcools annonce ce jeudi une croissance de ses ventes supérieures aux attentes du marché au cours du troisième trimestre de son exercice décalé 2025-2026, grâce notamment à une belle dynamique aux Etats-Unis.
Entre octobre et décembre 2025, le fabricant du cognac Rémy Martin et de la liqueur Cointreau a enregistré une hausse de 2,8 % de ses ventes en organique (+8,3 % de volumes, -5,9 % d’effet prix), à 245,8 millions d’euros au troisième trimestre, alors que les analystes attendaient +1,7 % dans un consensus compilé par le groupe. Dans la foulée de cette publication, le cours du groupe a bondi de plus de 10 % dans les premiers échanges à la Bourse de Paris.
En publié, le chiffre d’affaires est en recul de 3,3 %, à cause notamment de l’évolution du dollar et du renminbi. Sur les neuf premiers mois de l’année, Rémy Cointreau a ainsi réalisé un chiffre d’affaires de 735,4 millions d’euros, en baisse de 1,9 % en organique et de 5,7 % en publié.
Du mieux aux Etats-Unis, la Chine toujours en difficulté
Grâce à une base de comparaison favorable, mais aussi une amélioration des ventes des grossistes vers les détaillants, les Etats-Unis ont été moteur sur ce trimestre, aussi bien pour la division cognac (+3,2 % au troisième trimestre sur toutes les géographies) que pour les liqueurs et spiritueux (+2,8 %). Pour ces dernières, la liqueur Cointreau et le gin The Botanist ont vu leurs ventes progresser dans un contexte difficile.
Les récents déboires de RNDC, numéro deux de la distribution aux Etats-Unis, marqués par son retrait de Californie, ont obligé Rémy Cointreau à trouver un autre opérateur. Des discussions avec le distributeur de bière Reyes Beverage Group ont aussi été annoncées par RNDC afin de céder à celui-ci son activité dans sept autres Etats américains.
En revanche, les ventes ont souffert en Chine, « impactées par des conditions de marché difficiles et un fort effet calendaire défavorable, lié à la date du nouvel an chinois », plus tardif que l’an dernier. Le secteur du travel retail, très important pour Rémy Cointreau, se normalise en revanche, après une politique d’éviction des alcools européens des duty free ces derniers mois. Même si les prix restent sous pression, notamment du fait de stocks qui restent importants et de l’obligation des producteurs d’augmenter leurs prix sous peine d’être soumis à des droits de douane prohibitifs de la part de Pékin.
Dans ce contexte, le groupe aux 14 marques a confirmé ses objectifs, revus à la baisse en octobre, pour l’année 2025-2026. La croissance du chiffre d’affaires annuel est attendue en légère hausse (entre 0 % et 4 %) alors que le revenu opérationnel courant (ROC) devrait baisser de 11 % à 15 %. Le coût annuel des guerres commerciales – avec 15 % de droits de douane entre l’Union européenne et les Etats-Unis et l’augmentation des prix imposée par la Chine aux alcools européens – est estimé à 20 millions d’euros pour la première puissance mondiale et 5 millions d’euros pour la deuxième.
Un plan de transformation
A la suite de l’arrivée de Franck Marilly en mai dernier à la tête de Rémy Cointreau, un plan de transformation du groupe a été annoncé fin novembre, avec le lancement d’un audit externe. Les pistes de travail devraient être annoncées début avril, accompagnées d’un remaniement de la gouvernance. « Rémy Cointreau est plus petit que ses concurrents, et devrait donc être plus réactif et plus agile. Mais ce n’est pas le cas aujourd’hui, parce que le groupe est trop complexe », soulignait récemment auprès des « Echos » un bon connaisseur de l’entreprise.
D’ores et déjà, le groupe « entend favoriser la reprise en maintenant des investissements soutenus en Chine et aux Etats-Unis », ses deux principaux marchés, afin de tourner la page des difficultés liées aux guerres commerciales. Cette relance devrait se concentrer sur quelques marques les plus porteuses – environ la moitié – du portefeuille, notamment les cognacs, Cointreau ou encore The Botanist, grâce à des économies réalisées avec une politique de rationalisation du groupe.
« Nous serons un peu moins sentimentaux en ce qui concerne les marques et les actifs. L’ADN reste le même, mais les aspects concrets, pragmatiques, et les chiffres seront encore plus au coeur des discussions », a souligné auprès des analystes le directeur financier du groupe, Luca Marotta.
A plus long terme, Rémy Cointreau peut aussi compter sur l’ouverture de nouveaux marchés. L’accord de libre-échange avec le Mercosur – en stand-by à la suite d’un renvoi devant la Cour de justice de l’Union européenne – devrait permettre de conquérir de nouveaux consommateurs au Brésil et au Mexique. L’accord avec l’Inde, signé cette semaine, devrait aussi soutenir les ventes sur le juteux marché du travel retail et donner à Rémy Cointreau un accès privilégié à la classe aisée du pays.
Par Paul Turban – A retrouver en cliquant sur Source
Source : Rémy Cointreau dépasse les attentes au troisième trimestre grâce aux Etats-Unis | Les Echos