BrewDog : le pionnier britannique de la bière artisanale dans une phase destroy
La société britannique derrière les marques Punk IPA et Elvis Juice a mandaté un spécialiste de la restructuration. Ses actionnaires, et notamment les particuliers, risquent d’y perdre leurs billes.
Qu’y a-t-il vraiment sous le capot de BrewDog, le pionnier britannique de la « craftbeer », dont les canettes Punk IPA et Elvis Juices agrémentent les rayons des supermarchés jusqu’en France ?
On le saura très bientôt. La société fondée en 2007 près d’Aberdeen, en Ecosse, par James Watt et Martin Dickie, a mandaté le consultant en restructuration Alix Partners pour officiellement « évaluer la prochaine phase d’investissement pour l’entreprise » – mais plus probablement, selon les proches du dossier interrogés par la presse britannique, se vendre soit en intégralité, soit par appartements.
Offre de reprise
Les 72 pubs et restaurants encore détenus par l’entreprise pourraient être rachetés par un acteur de l’hôtellerie-restauration capable de faire jouer les économies d’échelle dans une conjoncture particulièrement difficile, avec un pub ayant fermé chaque jour en Angleterre en 2025.
Les sites de production en Ecosse, aux Etats-Unis, en Australie et en Allemagne pourraient être repris par des grands du secteur bien établis comme Carlsberg, AB InBev ou Heineken. Et les marques de BrewDog, en particulier Punk IPA, pourraient connaître le même sort. Même les punks sont récupérés par le système (quand ils ne sont pas le système lui-même dès le départ).
James Watt aurait lui-même concocté une offre de reprise de son entreprise dans son ensemble, dont il n’est plus qu’un actionnaire. Des groupes d’investissement dans le non coté pourraient le concurrencer. Selon le « Times », les offres devraient arriver cette semaine. On devrait être loin de la valorisation de la société à son pic.
Des pertes et des pertes
BrewDog a perdu 37 millions de livres en 2024, derniers chiffres disponibles, sur des revenus de 357 millions de livres. L’année précédente, elle en avait perdu 59 millions (et 30 millions en 2022). Juste avant le Covid, BrewDog a rapporté 1,1 million avant impôt sur un chiffre d’affaires de 215 millions.
Les confinements ont eu un effet dévastateur et la société a été accusée en 2021 d’entretenir un « climat de peur » avec ses employés, puis de misogynie. James Watt a quitté son poste de directeur général en 2024, Martin Dickie l’année suivante. Depuis Virgin, avec Richard Branson, ou Benetton, ou encore plus tard American Apparel, il est devenu classique pour les entreprises et leurs dirigeants de se présenter comme anticonformiste par conviction mais aussi à des fins marketing.
BrewDog a poussé l’affaire jusqu’à lever, entre 2010 et 2021, plus de 75 millions de livres en crowdfunding auprès de dizaines de milliers (certains disent 220.000) de particuliers qu’il a surnommés des « equity punks ». Ceux-ci étaient invités non pas à un « general annual meeting » (AG) mais un « general annual mayhem » (chaos général annuel).
RDV raté avec l’IPO
Aujourd’hui, ceux-ci ont toutes les chances d’avoir perdu leur mise parce qu’en 2017, BrewDog a levé 213 millions auprès du fonds californien de private equity TSG à des conditions particulières. TSG s’est vu octroyer environ un quart du capital de BrewDog et des actions préférentielles lui garantissant un rendement annuel moyen de 18 % sur son investissement lorsque la société serait revendue. Les deux fondateurs de BrewDog auraient alors chacun touché 50 millions de livres.
Pour que tout le monde gagne à ces conditions, il aurait fallu que l’IPO dans les tuyaux à la fin des années 2010 soit un grand succès. Aujourd’hui, alors que BrewDog a déjà fermé dix bars, dont son flagship d’Aberdeen, et mis fin à sa diversification dans la vodka et le gin, la priorité est de résorber une dette de 240 millions…
Par Nicolas Madelaine (Correspondant à Londres)
Source : BrewDog : le pionnier britannique de la bière artisanale dans une phase destroy | Les Echos