La destination la plus fréquentée d’Europe : Disneyland Paris, cette machine à rêves qui rapporte gros à la France
RÉCIT – Le parc d’attractions de Marne-la-Vallée, ouvre ce dimanche le Monde de La Reine des Neiges. À lui seul, il génère 6% des recettes touristiques de la France.
Emmanuel Macron en visite d’État chez Mickey, sur un air de «Libérée, délivrée». Le président de la République se rendra ce vendredi à 16 heures à Disneyland Paris pour rencontrer Elsa, Anna et Olaf, les personnages star de La Reine des Neiges, dans un tout nouveau site qui leur est dédié. Situé au fond du Parc Walt Disney Studios (rebaptisé pour l’occasion Disney Adventure World), le Monde de La Reine des Neiges ouvrira dimanche au public.
Les aficionados de la saga, inspirée du conte original de Hans Christian Andersen, attendent l’événement depuis des années. En 2018, The Walt Disney Corporation avait officialisé un projet d’extension majeur de son parc d’attractions en France, représentant un investissement de 2 milliards d’euros. Le projet, qui vise à inciter les visiteurs à venir plus nombreux et rester plus longtemps, aurait pu disparaître à cause du Covid. Il a pris plus de temps que prévu, mais il se concrétise avec la création de trois nouveaux univers: Marvel Advengers Campus a ouvert en juillet 2022, le Monde de la Reine des Neiges ce week-end, tandis que le Roi Lion attend son heure, qui viendra dans les prochaines années. «Cette décision d’investissement est un vote de confiance de Disney envers la France », déclarait Bob Iger en 2018 au Figaro. Au terme de cette transformation, la plus importante depuis l’ouverture du parc le 12 avril 1992, la superficie aura quasiment doublé.
«C’est un moteur économique, d’emplois et d’attractivité»
Même plus petit, Disneyland Paris a déjà rapporté gros. En s’installant sur d’anciennes terres agricoles d’Île-de-France il y a 34 ans, Mickey et sa bande n’ont pas seulement métamorphosé la région parisienne, ils ont propulsé le tourisme français et européen dans une autre dimension. Avec ses quelque quinze millions de visiteurs annuels, Disneyland Paris est la destination la plus fréquentée du Vieux Continent, capable de faire venir les foules, principalement d’Europe. Les Français lui sont fidèles, ils viennent et reviennent régulièrement. Mais les touristes étrangers représentent 56% des visiteurs, une performance inédite dans un monde des parcs d’attractions qui vit d’abord grâce à une clientèle de proximité.
«Disneyland Paris participe grandement à ce que la France soit la première destination touristique mondiale, fait remarquer le sociologue Jean Viard. C’est un moteur économique, d’emplois et d’attractivité. Pour beaucoup, aller chez Disney, c’est l’événement de l’année. En France, il y a Paris, la Côte d’Azur, la Savoie et Disneyland Paris.» Employant plus de 19 000 personnes, Disneyland Paris cumule les superlatifs: à lui seul, le parc génère environ 6% des recettes touristiques de la France, selon Atout France, l’agence de promotion du pays à l’étranger. Grâce à Disney, l’État et les collectivités locales perçoivent des recettes significatives: «400 à 500 millions d’euros de recettes fiscales par an (TVA, taxes de séjour, cotisations sociales)», toujours selon Atout France. En attirant majoritairement des visiteurs étrangers, le site contribue aussi positivement à la balance des paiements.
120 nationalités, 500 métiers
Aucune entreprise en France n’emploie autant de salariés sur un même site. Un emploi sur le parc génère près de trois emplois à l’extérieur : fournisseurs, prestataires de services, hôtels partenaires. Avec plus de 120 nationalités représentées dans ses effectifs, Disneyland Paris est un modèle de diversité qui fait vivre 500 métiers différents, de l’ingénierie à l’hôtellerie, en passant par le spectacle vivant.
Avec sept hôtels et 5740 chambres, Disneyland Paris est aussi, et de très loin, le premier groupe hôtelier parmi tous les parcs à thèmes européens. Ses clients ne se contentent pas d’y passer la journée: pour profiter au maximum des attractions, ils sont nombreux à dormir au moins une nuit sur place, dans le parc ou aux alentours où les hébergements ont poussé comme des champignons. Il y a ainsi 43.500 chambres d’hôtels à Marne-la-Vallée. Les meublés de tourisme (Airbnb, Booking.com…) sont tellement nombreux qu’ils sont devenus un problème: ils provoquent une pénurie de logements pour les habitants en plus de contribuer à une spéculation foncière sur le territoire. Sur le Val d’Europe et la communauté d’agglomération de Marne et Gondoire, Atout France dénombre plus de 4500 offres de location. A elle seule, la commune de Serris proposait 536 meublés de tourisme en 2025, selon le fournisseur de données AirDNA.
Val d’Europe est aujourd’hui l’agglomération la plus riche de France
L’ouverture ce week-end d’un nouveau parc dans le parc, dédié à La Reine des Neiges, devrait accélérer le rythme de cette machine à rêves, devenue un jackpot, particulièrement pour la région parisienne. «Alors qu’au début il était vu comme l’envahisseur américain, Disneyland est un moteur économique extraordinaire, déclare Philippe Descrouet, président de Val d’Europe Agglomération. Quand Disney est arrivé à Marne-la-Vallée, c’était la campagne. Il y avait 5000 habitants. Ils sont dix fois plus nombreux aujourd’hui.» Val d’Europe est désormais l’agglomération la plus riche de France et le troisième poumon économique d’Île-de-France, (après Saclay et Paris Roissy), avec plus de 9300 entreprises et 50 000 emplois.
«Dans une région certes riche mais avec de nombreuses inégalités entre l’est et l’ouest, avoir une locomotive comme Disneyland Paris capable d’attirer des milliers d’entreprises est un atout énorme, poursuit Alexandra Dublanche, vice-présidente de la région Île-de-France. Le parc génère des dizaines de milliers d’emplois indirects, et ses retombées économiques se chiffrent en dizaines de milliards depuis 1992. Pour notre politique touristique, c’est aussi un excellent moyen d’éviter le surtourisme en Île-de-France.»
Quatre des cinq hôtels de plus de 1000 chambres dans l’Hexagone sont à Disneyland. «Le géant américain a amené une capacité à raisonner en grand et mis la barre très haut dans l’accueil, le sens du détail, la gestion des flux de visiteurs et la thématisation des hôtels, constate Didier Arino, directeur du cabinet spécialisé Protourisme. Il a révolutionné les standards du tourisme en France. On retrouve d’ailleurs beaucoup d’anciens salariés de Disneyland dans toutes les entreprises du secteur.» Ainsi, le parc a inspiré tout un écosystème (parcs d’attractions, hôtels, villages de vacances, campings…). Sur le modèle Disney, les parcs français – Parc Astérix, Futuroscope, Puy du Fou… – se sont tous mis à construire des hôtels ; ils renouvellent en permanence leurs attractions et innovent, malgré des moyens financiers et une fréquentation moins importants. C’est dans leur intérêt, et une excellente nouvelle pour le tourisme en France. Avec 3 millions de visiteurs en 2025, Parc Astérix (deuxième parc en France derrière Disney) prépare ainsi l’ouverture de L’Odyssée d’ici à 2028, un hôtel de 300 chambres qui viendra compléter Les Trois Hiboux, La Cité Suspendue et Les Quais de Lutèce.
Ce n’était pourtant pas gagné. Lorsque The Walt Disney Corporation a décidé d’ouvrir un parc d’attractions en Europe, le géant américain hésitait entre deux villes, Paris et Barcelone. La France l’a emporté, en déroulant le tapis rouge au géant américain. Elle s’est fait de grosses frayeurs. Les débuts du parc ont en effet été catastrophiques: la fréquentation n’était pas au rendez-vous, les Européens n’ayant pas la culture de cet univers de loisirs XXL. «Les Américains sont arrivés en impérialistes, sans intégrer les spécificités du marché français», se souvient un bon connaisseur. L’entreprise Euro Disney s’est révélée incapable de faire face au poids de sa dette (contractée pour les investissements nécessaires à la création du parc et le renouvellement de ses attractions) et à la rémunération de sa maison mère, sous forme de royalties. Euro Disney a même frôlé la faillite dans les années 1990.
Accumulation de pertes et parcours boursier catastrophique
Cotée à la Bourse de Paris entre 1989 et 2017, l’action Euro Disney a perdu 99% de sa valeur et fait perdre beaucoup d’argent à de nombreux investisseurs. The Walt Disney Company a mis fin à ce cauchemar en 2017, en renflouant sa filiale pour un montant de 1,5 milliard d’euros et en la retirant de la cote. Ce n’est qu’à partir de 2023 que la société a dégagé des profits. L’an passé, le bénéficie net a atteint 260 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires de 2,6 milliards d’euros.
«Le groupe a toujours touché des royalties de sa filiale et il a fait une excellente opération immobilière, en achetant des terrains à un prix dérisoire», rappelle aussi Didier Arino. C’était une des conditions de son arrivée à France. Si The Walt Disney Corporation a préféré l’Hexagone à l’Espagne, ce n’est pas simplement parce que le site du Val d’Europe est au cœur du Vieux Continent. L’État français s’est montré très généreux avec le géant américain. Il a notamment accepté de financer la construction de toutes les infrastructures (TGV, RER, autoroute) pour arriver dans le parc. Une convention signée en 1987 a également donné aux Américains des conditions d’aménagement très avantageuses sur 2100 hectares de terrain: ils sont réservés à Disneyland Paris, qui n’en a acheté qu’une partie (environ la moitié) à un prix inférieur à celui du marché. Début 2025, la Cour des comptes a recommandé de réexaminer cette convention, déplorant notamment un manque de transparence. Mais il ne s’agirait pas d’arrêter la machine à rêves Disney…
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