Chute historique des ventes de cognac en 2025

Les ventes de cognac ont baissé de près de 40 % depuis le pic de 2021, alors que les producteurs ont dû gérer des tensions commerciales avec la Chine et les Etats-Unis. Un plan d’arrachage dans le vignoble va être lancé.

Un millésime à oublier pour la filière. Les ventes de cognac ont enregistré en 2025 leur plus bas niveau de ventes depuis 2009, victimes notamment des tensions commerciales aussi bien avec la Chine qu’avec les Etats-Unis.

L’an dernier, le secteur a ainsi « expédié » 141 millions de bouteilles, soit le pire niveau depuis seize ans, selon des chiffres révélés vendredi par le journal « Sud Ouest ». Ce chiffre signe un spectaculaire retournement de tendance par rapport à la croissance ininterrompue observée durant la décennie précédente. Le pic avait été atteint en 2021, quand les ventes atteignaient 223 millions de bouteilles. L’objectif évoqué était alors de viser les 300 millions de bouteilles à l’horizon 2035, via une politique d’expansion.

Tensions commerciales

Las ! Rien ne s’est passé comme prévu et, depuis, la baisse est continue, aussi bien en volume qu’en valeur. Au total, depuis 2021, les revenus ont chuté de 38 %, passant de 3,6 milliards d’euros à 2,2 milliards l’an dernier.

La filière a été prise en tenailles par des tensions commerciales avec ses deux principaux débouchés, les Etats-Unis et la Chine, qui peuvent représenter jusqu’à 80 % de son chiffre d’affaires. Côté chinois, les problèmes ont débuté avec l’enquête antidumping lancée en 2024 par Pékin, qui voulait ainsi répondre à l’offensive de Bruxelles contre les véhicules électriques chinois.

Après avoir craint le pire, les producteurs français ont été presque soulagés par l’annonce, en juillet dernier, de droits de douane additionnels sur les eaux-de-vie de vin en provenance de l’Union européenne de 27,3 % à 34,9 %. Car ceux-ci étaient accompagnés d’exemptions pour certains produits respectant l’engagement de prix minimum à l’importation pris par certaines associations industrielles et entreprises de l’Union. Mais cela s’est donc traduit par des hausses de prix pour les principaux exportateurs comme Moët Hennessy [filiale de LVMH, propriétaire des « Echos », NDLR], Rémy Cointreau et Martell.

Réduction de la voilure

Côté américain, la filière vit depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche sous la menace régulière de nouveaux droits de douane – encore la semaine dernière quand Emmanuel Macron a refusé de rejoindre l’initiative de « Conseil de paix » pour Gaza du président américain. Toutes ces incertitudes se sont conjuguées avec la baisse de la consommation de vins et spiritueux observée depuis quelques années.

Après l’euphorie de la décennie précédente, la filière cognac doit donc s’adapter à cette nouvelle donne et réduire la voilure pour amortir cette crise d’une ampleur inédite. Mercredi dernier, le Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC) a annoncé la reconduction d’une mesure déjà prise l’an dernier. Le rendement commercialisable va être réduit à 7,65 hectolitres d’alcool pur par hectare en 2026, contre 8,6 hl en 2024 et 14,6 hl l’année précédente.

Un deuxième levier va être actionné par le BNIC, avec la mise en place d’un plan d’arrachage de 3.500 hectares sur les 88.000 hectares qui composent le vignoble. Il est prévu une « prime de 6.000 euros/ha en complément de la prime nationale FranceAgriMer de 4.000 euros/ha aux viticulteurs qui l’auront demandée et obtenue. Cette prime complémentaire filière sera valable uniquement sur les cépages cognac et uniquement pour de l’arrachage définitif », est-il annoncé dans un communiqué.

Demande d’aides

En octobre, le BNIC avait réclamé au gouvernement français et à l’Union européenne de financer ce plan d’arrachage à hauteur du « préjudice subi » – estimé à 10.000 euros par hectare – du fait de la guerre commerciale entre Bruxelles et Pékin, dont la filière s’estime être une « victime collatérale ». Fin novembre, le ministère de l’Agriculture avait annoncé une enveloppe de 130 millions d’euros pour soutenir un plan d’arrachage dans les vignobles français en crise, prévoyant une aide de 4.000 euros/ha arraché définitivement.

« Pour autant », l’interprofession réclame toujours « un accompagnement spécifique du dommage causé à la filière cognac du fait des rétorsions diplomatiques chinoises », comme elle l’avait signifié par écrit, le 13 janvier, à la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard.

Par Renaud Honoré – A retrouver en cliquant sur Source

Source : Chute historique des ventes de cognac en 2025 | Les Echos