«Crise de désir», désamour des restaurants… Comment «l’angoisse» des Français va affecter leur consommation en 2026
DÉCRYPTAGE – Alors que les dépenses des ménages étaient déjà en berne en 2025, les Français devraient encore être davantage fourmis que cigales l’an prochain, selon une grande enquête de l’institut YouGov pour le cabinet AlixPartners.
Le chaos politique pèse sur le moral des Français… et sur leur portefeuille. Alors que la consommation des ménages tricolores était déjà en berne en 2025, cette tendance risque de se poursuivre en 2026. Les Français sont même les plus pessimistes en la matière, selon une grande enquête réalisée par l’institut YouGov dans neuf pays pour le cabinet AlixPartners*, publiée mi-décembre.
Cette année déjà, près de la moitié des Français (48%) disent avoir moins dépensé qu’en 2024. La même tendance se dessine pour l’année prochaine, puisque 43% des personnes interrogées prévoient de moins consommer en 2026. «Avec un score de -33 points nets d’intentions d’achat en 2026 (différence entre les intentions de dépenser plus et celles de dépenser moins qu’en 2025), la France affiche le pire score des neuf pays étudiés (-8 pour la Chine, -14 pour l’Italie, -20 pour le Royaume-Uni et les États-Unis, -21 pour l’Allemagne)», souligne AlixPartners.
«Les consommateurs français mettent beaucoup de côté», note Olivier Abtan, directeur associé au sein du cabinet de conseil, qui observe que «les Français sont angoissés par le futur». Le matelas d’épargne des Français n’a ainsi jamais été aussi élevé. Il est aujourd’hui estimé à près de 6400 milliards d’euros. Le taux d’épargne atteint, lui, un record de 18,7% du revenu disponible, selon les derniers chiffres de la Banque de France. Autant de marques de prudence qui vont se poursuivre en 2026, selon l’étude d’AlixPartners.
Les dépenses alimentaires préservées
Dans le détail, les Français vont couper en priorité dans les dépenses non alimentaires, comme l’électronique (-55 points d’intentions de dépenses en 2026), les articles de sport (-52 points), l’équipement de la maison (-46 points), ou encore les jouets et les livres (-45 points). Les experts d’AlixPartners relèvent par ailleurs «un phénomène inquiétant» et inédit : les ménages ne prévoient pas de reporter leurs achats non essentiels, mais tout bonnement de les abandonner. Y compris pour des dépenses habituellement protégées, comme les voyages. «Cette attitude ne s’explique plus seulement par un manque de moyens : c’est une crise de désir et de satisfaction. Alors que d’autres pays décalent leurs achats, les Français renoncent. Les arbitrages sont immédiats et radicaux», pointe Olivier Abtan.
Les dépenses alimentaires, quant à elles, devraient être préservées l’année prochaine, grâce à certaines stratégies : plus d’attention aux promotions (37%), davantage de planification et moins d’achats impulsifs (38%). Certains vont aussi faire leurs courses moins souvent (31%), se tourner vers des enseignes moins chères (30%) ou encore éviter d’acheter certains produits, comme la viande (27%). «Les Français s’organisent pour maintenir leur niveau de consommation alimentaire en payant le moins cher possible», observe Olivier Salomon, directeur associé chez AlixPartners.
L’enquête YouGov rapporte par ailleurs un regain d’intérêt des Français pour les produits sains et bio, avec des consommateurs plus attentifs à l’origine des produits. Et plus donc plus écolos ? Pour la première fois, la dimension écologique ressort parmi les raisons de la baisse de la consommation alimentaire (20%), mais celle-ci reste loin derrière les contraintes économiques (71%).
Redémarrage de la consommation «incertain»
Autre point, en 2026, les bars et restaurants devraient compter sur des visiteurs moins nombreux, selon l’étude. Une bien mauvaise nouvelle pour ces professionnels, qui ont traversé une année compliquée. «Un mouvement s’amorce de désamour des restaurants, et à l’inverse de préférence pour le repas à domicile», résume Olivier Abtan. Près de la moitié des ménages prévoient en effet de réduire leurs dépenses en matière de restauration. La première raison invoquée n’est pas le manque de moyens, mais la déception vis-à-vis du rapport qualité-prix (60%). L’Hexagone se distingue là aussi de ses voisins, comme l’Allemagne, l’Italie, la Suisse ou le Royaume-Uni, qui citent surtout des raisons budgétaires.
Ces prévisions de consommation atone en 2026 reposent néanmoins sur du déclaratif, et devront se vérifier dans les comportements d’achat. D’autant que les ménages ont plus dépensé qu’attendu, ce Noël. «Les résultats sont plutôt bons. (…) On voit qu’en cette fin d’année, les gens avaient envie de se retrouver et de se faire plaisir. Les Français ont ouvert leur cœur et leur porte-monnaie», a affirmé le ministre du Commerce Serge Papin dans une interview au Parisien mise en ligne dimanche 28 décembre. La tendance a été particulièrement notable dans l’alimentaire, avec «une hausse de 15% à 20% de la consommation par rapport à 2024» dans certaines enseignes de la grande distribution, selon le ministre.
Du côté de l’Insee, malgré l’incertitude politique et économique, on table sur une légère hausse de la consommation des ménages au premier semestre 2026 (+0,3% au premier trimestre, comme au deuxième trimestre). Dans sa dernière note de conjoncture, l’institut national de la statistique «suppose le retour à une progression habituelle de la consommation des ménages au premier semestre 2026, sans compenser la faiblesse passée».
Néanmoins, l’Insee lui-même juge ce redémarrage de la consommation «incertain». «Cette hypothèse centrale est soumise à deux aléas : d’une part, le taux d’épargne élevé constitue un réservoir de croissance évident si la confiance revenait mais, à l’inverse, la mauvaise passe du marché du travail pourrait inciter les ménages à étoffer encore davantage leur épargne de précaution», développent les statisticiens nationaux. La Banque de France, de son côté, semble plus optimiste : «La consommation des ménages, après une évolution relativement atone en 2025 sous l’effet notamment d’une forte épargne liée à l’incertitude, serait soutenue en 2026 par les gains de pouvoir d’achat du salaire moyen par tête puis par la reprise de l’emploi à partir de 2027, sous l’hypothèse d’un repli de l’incertitude politique et budgétaire.»
*Sondage réalisé par l’institut YouGov entre septembre et octobre 2025 auprès de 13.115 personnes dans neuf pays (France, Royaume-Uni, Italie, Allemagne, Suisse, Chine, États-Unis, Arabie saoudite, Émirats arabes unis), dont 2004 en France.
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