Le propriétaire de Vahiné et Ducros, McCormick, croque le pôle alimentaire d’Unilever

Dans une opération à 65 milliards de dollars, Unilever cède son pôle alimentaire à McCormick, poursuivant son recentrage sur les produits de beauté et d’hygiène. Le groupe américain devient un géant des saveurs, avec un chiffre d’affaires attendu de 20 milliards de dollars.

Pour Unilever, né de la fusion des margarines néerlandaises Margarine Unie et des savons anglais Lever Brothers, ce n’est pas seulement une page qui se tourne : c’est une rupture identitaire. Le conglomérat anglo-britannique vient de finaliser la vente de son pôle alimentaire à McCormick, un spécialiste des épices connu en France notamment pour les marques Vahiné et Ducros.

Selon les termes de cette opération à 65 milliards de dollars (56,4 milliards d’euros), McCormick versera 15,7 milliards de dollars et offrira des parts dans le nouvel ensemble. Les actionnaires du groupe américain détiendront 35 % du nouvel ensemble, Unilever prendra une participation de 9,9 %, et les actionnaires du conglomérat désormais spécialisé dans les produits d’hygiène et cosmétiques se partageront le reste (55,1 %).

Unilever a prévenu qu’il céderait progressivement ses parts dans l’entreprise agroalimentaire. Ces dernières années, les grands groupes agroalimentaires présents sur des segments de produits transformés, voire ultratransformés, ont connu des difficultés, notamment du fait de l’inflation. Aux Etats-Unis, et de plus en plus dans le reste du monde, les médicaments anti-obésité GLP-1 renforcent l’attrait des consommateurs pour les produits plus sains.

Recentrage d’Unilever

Pour Unilever, c’est la fin d’un désengagement progressif de l’alimentation, entamé il y a plus de vingt ans. En 2021, le groupe avait notamment cédé son activité thé, avec notamment Lipton, avant de mettre en Bourse, l’an dernier, son activité glace, devenue The Magnum Ice Cream Company. Dans un contexte de consommation sous tension, les conglomérats ont tendance à se concentrer sur les segments les plus rentables.

Victoire de Lever Brothers sur Margarine Unie, le nouvel Unilever sera donc un acteur concentré sur les produits de beauté, de bien-être, d’hygiène et de soins personnels (Axe, Dove, Rexona, Vaseline, Cif, Domestos…). Des activités considérées comme clé pour la croissance future du groupe, contrairement à l’alimentation. Selon Fernando Fernandez, PDG d’Unilever, le nouveau « pure player » pèsera 39 milliards d’euros.

A noter toutefois, la transaction exclut les activités alimentaires d’Unilever en Inde, au Népal et au Portugal, ainsi que ses marques de jus Buavita et de boissons prêtes à consommer Lipton. Selon les estimations d’Edwardes Jones de RBC Capital Markets, l’Inde représente 11 % du chiffre d’affaires alimentaire d’Unilever.

Géant mondial des saveurs

Dans le même temps, la fusion du pôle alimentaire d’Unilever avec McCormick – la plus importante transaction de l’histoire des deux groupes – va faire du nouvel ensemble « un géant mondial des saveurs », autour notamment des sauces, assaisonnements, épices et aides culinaires (Knorr, Hellmann’s, Cholula, Maille…). Son chiffre d’affaires mondial s’élèvera à 20 milliards de dollars, selon les données de l’exercice 2025, indique Unilever.

Cette acquisition représente une initiative très ambitieuse de la part de McCormick, surtout connu pour ses pots d’épices rouges et blancs. McCormick est une entreprise bien plus petite, dont l’activité totale ne génère que la moitié du chiffre d’affaires de la branche alimentaire d’Unilever. Mais elle y gagne une présence renforcée sur les marchés en forte croissance des sauces et condiments, qui ne représentent que 4 % de son chiffre d’affaires.

Pour ce nouvel ensemble, Unilever estime qu’environ 600 millions de dollars de synergies annuelles pourront être réalisées, avec 100 millions de dollars supplémentaires réinvestis pour stimuler la croissance. Le PDG de McCormick, Brendan Foley, conservera son poste. Le groupe maintiendra également son siège social à Hunt Valley, dans le Maryland, aux Etats-Unis.

Pour les investisseurs, l’opération reste un pari : à Londres, l’action d’Unilever, dont la capitalisation boursière avoisine les 99 milliards de livres sterling (131 milliards de dollars), a chuté jusqu’à 4,4 %. McCormick, dont la valeur s’élève à 14,4 milliards de dollars, a reculé, lui, de 6,8 % lors des échanges avant l’ouverture du marché américain. Depuis le début de l’année, le titre affiche une perte de 21 %.

Par Paul Turban – A retrouver en cliquant sur Source

Source : Le propriétaire de Vahiné et Ducros, McCormick, croque le pôle alimentaire d’Unilever | Les Echos