Sodexo : Thierry Delaporte veut doper la croissance du géant de la restauration collective
Soixante ans après sa création, Sodexo amorce une nouvelle phase avec un nouveau pilote à sa tête. Thierry Delaporte veut accélérer le développement du géant de la restauration collective, notamment aux Etats-Unis. Entretien.
Si la personnalité de Pierre Bellon hante encore les couloirs de Sodexo, qu’il fonda le 9 mars 1966 à Marseille, le fleuron mondial de la restauration collective et des services désormais sexagénaire ouvre une nouvelle page de son histoire. Thierry Delaporte, son nouveau directeur général arrivé il y a quatre mois, entend entamer une phase d’accélération de la croissance de la multinationale présente dans 43 pays.
« Tant que Sodexo est en croissance, elle peut satisfaire ses employés, ses clients, ses actionnaires », souligne-t-il. « Or, l’importante croissance post-Covid s’est ralentie depuis, et il faut la relancer, réinjecter de l’énergie dans l’activité commerciale. Même si cela se fait dans un premier temps au détriment de la rentabilité », assure le nouvel homme fort du groupe qui a enregistré lors de son dernier exercice (clos le 31 août) un chiffre d’affaires de 24,1 milliards d’euros (+1,2 %) pour un résultat net de 695 millions (en retrait en raison d’une plus-value exceptionnelle l’année précédente).
Une famille attachée à son indépendance
Il ne s’agit pas d’un virage stratégique pour le groupe dont la famille jalouse de son indépendance détient 60 % des droits de vote. Thierry Delaporte endosse la vision de Pierre Bellon qui a conduit son groupe à se développer dans le monde du travail, de la santé, des écoles et des universités, mais aussi du sport et des spectacles.
« J’ai plongé dans [ses] écrits et ses convictions me parlent : c’est la dimension humaine qui fait la différence chez Sodexo. C’est une entreprise aux équipes considérables, et il faut y créer les conditions de son développement pour que ses femmes et hommes aient des parcours de carrière », martèle le dirigeant.
Depuis son arrivée aux commandes, il a passé la moitié de son temps à parcourir les sites de Sodexo. « Dans les services, ce qui fait la différence, c’est la cohésion des équipes, le sentiment de fierté, la culture d’appartenance, la conviction d’être dans la bonne entreprise », poursuit-il.
Carrière très internationale
La taille de la multinationale aux 430.000 collaborateurs ne le déroute pas. Trente ans qu’il se déploie dans un univers international. Thierry Delaporte est passé par Arthur Andersen et Capgemini où il aura occupé plusieurs postes aux Etats-Unis avant d’en devenir directeur général délégué.
Il a aussi été directeur général de Wipro, l’un des leaders mondiaux des services informatiques, dont il fut chargé de piloter le repositionnement stratégique. Au terme de ce parcours, il se dit « à l’aise dans les situations de transformation, en avoir fait [sa] marque de fabrique ».
Le secteur de la restauration collective a beau s’être consolidé – en particulier aux Etats-Unis autour de trois géants mondiaux, l’anglais Compass, le français Sodexo, et l’américain Aramark, avec en quatrième position, un autre tricolore, Elior -, Thierry Delaporte estime qu’il y a encore beaucoup de potentiel : le marché représente 300 milliards d’euros dans le monde et seulement 50 % est concédée à l’heure actuelle.
« Notre stratégie mondiale diffère de celle de nos concurrents, qui eux, vont dans moins de pays mais s’investissent davantage là où ils sont. Nous, nous voulons accompagner nos clients partout où ils sont, en restauration collective comme en facility management. Nos concurrents n’ont pas non plus ces deux piliers », se félicite le dirigeant.
Etats-Unis en ligne de mire
Aux Etats-Unis, qui pèsent la moitié du marché mondial, Sodexo n’est encore que numéro trois, alors qu’à l’échelle de la planète, le groupe se situe en seconde position derrière Compass. « La concurrence y est plus féroce qu’ailleurs et nous devrons y accélérer nos investissements. Il va falloir accepter de regarder ce marché différemment, c’est un continent en soi. Je veux redonner de l’autonomie aux équipes, aux Etats-Unis comme ailleurs, envoyer un signal fort dans l’organisation que je suis prêt à agir. Je prends en direct les Etats-Unis pour un an environ, le temps de faire le diagnostic puis de choisir un responsable, car ce pays pèse plus de 12 milliards d’euros sur notre chiffre d’affaires total de 24,1 milliards », précise-t-il.
Il entend aussi accélérer la croissance en Europe où Sodexo est en train de doubler de taille en Espagne. « En Allemagne par exemple, une part importante de la restauration collective n’est pas encore sous-traitée », observe-t-il. Thierry Delaporte reste aussi aux aguets en Asie, notamment en Inde. « Sophie Bellon a beaucoup rationalisé en passant de 80 pays il y a quinze ans à 43 aujourd’hui. Une couverture satisfaisante même si nous restons vigilants », précise-t-il. Il clarifiera sa vision d’ici à l’été.
Par Martine Robert – A retrouver en cliquant sur Source