« Un leader mondial des spiritueux d’envergure accrue » : Pernod Ricard envisage de se marier avec le fabricant américain du whisky Jack Daniel’s
Le groupe de spiritueux français a multiplié les acquisitions ces dernières années, alors que le marché des boissons alcoolisées est à la peine. La maison mère de Jack Daniel’s, Brown-Forman, vaut 12 milliards de dollars.
Cap sur les Etats-Unis. La multinationale française des spiritueux Pernod Ricard envisage de fusionner avec Brown-Forman, un rival américain qui fabrique le whisky Jack Daniel’s. L’information, dévoilée par l’agence Bloomberg, a été confirmée tard jeudi soir par le groupe français.
« Pernod Ricard confirme être en discussion avec Brown-Forman concernant un potentiel rapprochement. Sous réserve d’accord entre les parties et des approbations habituelles, ce partenariat s’apparenterait à une fusion entre égaux, s’appuyant sur le talent et l’expertise des deux groupes, et créatrice de valeur pour les actionnaires des deux sociétés », écrit l’entreprise dans un communiqué.
Ce partenariat donnerait naissance à « un leader mondial des spiritueux d’envergure accrue, doté d’un puissant portefeuille de marques et bénéficiant d’une exposition géographique équilibrée, autour de deux familles emblématiques », ajoute Pernod Ricard, qui évoque des « synergies opérationnelles importantes ». Néanmoins, à ce stade, « il n’existe aucune garantie qu’un accord puisse être conclu », prévient le groupe, qui n’entend plus communiquer sur le sujet « tant qu’un accord définitif n’aura pas été conclu ou qu’il n’aura pas été mis un terme aux discussions ».
Une phase boursière compliquée
L’annonce de ce projet de rapprochement a fait décoller l’action de Brown-Forman à la Bourse de New York jeudi. Le titre a terminé en hausse de 9,58 % à 25,74 dollars, permettant à Brown-Forman d’afficher une capitalisation de près de 12 milliards de dollars. A la clôture en Europe, le titre Pernod Ricard a, lui, accusé un repli de 5,72 % à 59,94 euros, après avoir creusé ses pertes dans l’après-midi. Sa capitalisation boursière atteint 15,24 milliards d’euros à la Bourse de Paris.
Les deux groupes ont connu une phase boursière compliquée. En un an, Pernod Ricard a perdu 35 % de sa valeur et Brown-Forman, 22 %. Tous les alcooliers sont sous pression depuis 2022, après une phase d’expansion durant la pandémie. La consommation reflue avec la vogue des boissons non alcoolisées. Les consommateurs d’alcool cherchent aussi à dépenser moins d’argent dans leurs boissons. Enfin, les barrières tarifaires entravent l’activité, notamment depuis la mise en place de nouveaux droits de douane aux Etats-Unis par Donald Trump.
Plans de restructuration
Dans ce contexte morose, une consolidation est en cours. Pernod Ricard a récemment acquis un autre fabricant de whisky, Skrewball Whiskey, en 2023, ainsi que le producteur de Tequila Codigo 1530 en 2022. De modestes emplettes, en comparaison de l’achat en 2005 d’Allied Domecq (16 milliards de dollars), qui l’a propulsé au deuxième rang mondial, puis de Vin & Sprit trois ans plus tard pour 5,6 milliards. La digestion du producteur de la vodka Absolut a été difficile après la grande crise financière, et a sans doute incité la multinationale française à la prudence. Brown-Forman avait de son côté mis la main sur le célèbre rhum Diplomatico en 2022.
Pour faire face à une conjoncture difficile, Pernod Ricard, qui possède la fameuse marque d’anisette mais aussi le whisky Jameson ou le cognac Martell – particulièrement pénalisé par les droits de douane chinois – a annoncé un plan de restructuration visant à économiser 1 milliard d’euros de 2026 à 2029, avec des suppressions d’emplois.
Brown-Forman a également annoncé des réductions d’effectifs en 2025. Il doit faire face à la hausse du prix des intrants. Le groupe américain, qui produit également les gins Fords et la tequila Herradura, a augmenté le prix de son whisky dans le contexte inflationniste des droits de douane.
Dans un contexte de crise géopolitique et de montée du protectionnisme, les producteurs d’alcool sont incités à revoir leurs chaînes d’approvisionnement afin de produire au plus près des consommateurs.
Par Solveig Godeluck (Bureau de New York)