Taxe soda : une facture fiscale en hausse de 80% pour les géants des boissons
Le bond de la taxe sur les boissons sucrées a été douloureux l’an dernier pour les entreprises du secteur, mais aussi pour les consommateurs. Des stratégies d’évitement, dont la légalité interroge, apparaissent.
Ils savaient que le coup allait être rude, les chiffres le confirment. Selon le syndicat des boissons sans alcool (SBSA), l’entrée en vigueur le 1er mars 2025 de la nouvelle taxe sur les boissons sucrées a entraîné une hausse de 80 % du montant total de cette taxe versée l’an dernier par les entreprises, par rapport au niveau de 2024. Pour rappel, le rendement avait été de 468 millions d’euros cette année-là.
Créée en 2012 puis réformée en 2018, la taxe soda a finalement été modifiée et alourdie dans le cadre du projet de loi de finances 2025. Les boissons avec du sucre ajouté (sodas, mais aussi jus de fruits ou eaux aromatisées) se voient appliquer une taxe de 4 centimes par litre pour celle avec moins de 5 grammes de sucre par litre, de 21 centimes entre 5 et 8 grammes, et de 36 centimes au-delà.
Hausse des prix de 10 %
Alors que les consommateurs ont vu une hausse de prix de l’ordre de 10 % en moyenne, selon l’institut Nielsen IQ, « l’impact de l’augmentation est loin d’être mineur pour nos entreprises », dénonce Inès Boulant, directrice du SBSA. « Cela vient percuter leurs plans d’investissements, alors même que près de 95 % des boissons consommées en France sont produites en France », regrette-t-elle. Elle demande aujourd’hui « a minima la stabilité » fiscale alors que le débat d’un alourdissement revient chaque année sur la table.
Lors de l’annonce en octobre dernier de la fermeture de son site de La Courneuve (Seine-Saint-Denis) d’ici à la fin de l’année, le groupe Suntory (Orangina, Oasis, Schweppes…) n’a pas hésité à accuser « la hausse récente de la taxe des boissons sucrées ». Cette nouvelle fiscalité a aggravé un recul des ventes couplé à une hausse des coûts de production, a souligné le groupe.
Côté évolution de la consommation, il est difficile à l’heure actuelle d’évaluer l’impact réel. Selon Circana, la consommation de boissons rafraîchissantes sans alcool a baissé de 1,2 % en volume pour les boissons gazeuses (-2 % pour les seuls colas) et de 2 % pour leurs homologues non gazeuses. Les boissons énergisantes – dont beaucoup de références sont sans sucre – ont en revanche tiré leur épingle du jeu, avec une hausse des volumes de 15,6 %.
Concurrence déloyale
Selon des données Nielsen IQ de décembre, les ventes de cola depuis l’instauration de la taxe en mars ont baissé de 17 millions de litres et de 16 millions de litres pour les boissons aux fruits (type Fanta). Dans le même temps, les équivalents aux édulcorants ont progressé : + 5 millions de litres pour les colas sans sucre, + 5 millions pour les boissons fruitées sans sucre et + 6 millions de boissons énergétiques sans sucre.
« Cette taxe est injustifiée, disproportionnée et inefficace : aujourd’hui, pour quasiment chaque référence de boissons, il existe une alternative peu ou pas sucrée », rappelle de son côté Inès Boulant, qui estime donc que les consommateurs ont le choix. A l’échelle mondiale, Coca-Cola a, par exemple, annoncé un bond de 14 % des volumes de son célèbre soda dans sa version sans sucre, signe que l’intérêt pour ces alternatives sans sucre est réel partout dans le monde.
En revanche, certains vendeurs de sodas semblent, eux, avoir trouvé la parade. Selon l’expert en grande consommation Olivier Dauvers, un système de fraude se mettrait en place, qui consiste à importer des boissons depuis les pays de l’Est, afin de les payer moins cher, et de les revendre en omettant de le déclarer au fisc français pour éviter la taxe. Une fraude estimée à 20 millions d’euros, soit quelque 200 camions par mois entrant en France.
Plusieurs acteurs de la filière ont dénoncé la manoeuvre, comme Laurent Tribouillet, vice-président de la Fédération nationale des boissons (grossistes), qui dénonce « une concurrence déloyale au détriment des acteurs français respectant la législation ». « Nous demandons aux pouvoirs publics d’être vigilants sur les contournements, et prendre toutes les mesures utiles pour y mettre fin », abonde Inès Boulant.
Retour de flamme sur les édulcorants
Autre ombre au tableau pour les industriels, une nouvelle taxe sur les édulcorants – dont les effets sur la santé, variables selon les molécules et les mélanges, font l’objet de controverse – est entrée en vigueur début 2026. Son montant est bien plus faible que la taxe sucre, puisqu’il est de 4,5 centimes le litre pour les boissons les moins édulcorées (moins de 120 mg par litre de boisson) et de 6 centimes pour les autres.
« Il y a une incohérence puisqu’on incite les producteurs à baisser leur taux de sucre et, en même temps, on taxe les alternatives peu ou pas sucrées : des efforts de réduction des sucres importants ont déjà été faits, donc il est difficile d’aller plus loin sans utiliser d’édulcorants », fustige Inès Boulant. Reste à savoir si le consommateur français, déjà l’un des moins friands de soda et autres boissons sucrées d’Europe avec 2 verres par semaine en moyenne, va réduire encore davantage sa consommation.
Par Paul Turban – A retrouver en cliquant sur Source
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