Pernod Ricard et Brown-Forman ont mis fin à leurs discussions pour une fusion, faute d'accord sur des conditions acceptables pour les deux parties.Pernod Ricard : la « fusion entre égaux » avec le propriétaire américain de Jack Daniel’s tombe à l’eau

Les deux groupes avaient annoncé en mars être en discussion pour une fusion potentielle qui aurait réuni le deuxième plus grand fabricant mondial de spiritueux et le plus grand producteur américain de whisky, Brown-Forman.

Pernod Ricard et Brown-Forman ont mis fin à leurs discussions pour une fusion, faute d’accord sur des conditions acceptables pour les deux parties. (Photo Luke Sharrett/Bloomberg)

Fin de partie pour le projet qui aurait pu donner naissance à un nouveau leader mondial des spiritueux, en l’occurrence franco-américain. Dans la nuit de mardi à mercredi, le groupe français Pernod Ricard a annoncé l’échec des discussions pour racheter son concurrent américain Brown-Forman, propriétaire notamment de la marque de whisky Jack Daniel’s.

« Ces discussions ont pris fin et n’ont pas abouti à un accord, les entreprises n’étant pas parvenues à s’entendre sur les conditions », a écrit le groupe français de vins et spiritueux dans un communiqué. Brown-Forman a aussi confirmé l’échec des négociations, dans un communiqué distinct.

Les deux géants sont respectivement valorisés à plus de 15 milliards d’euros (17 milliards de dollars) pour Pernod Ricard et à environ 12 milliards pour Brown-Forman. L’action Brown-Forman a chuté jusqu’à 9,8 % après la clôture, un classique pour un titre qui avait justement grimpé au moment de l’officialisation des pourparlers. Le titre a progressé de 6,4 % depuis le début de l’année. Pernod Ricard avait suivi le chemin inverse. Il chutait de -2,36 % à 10 heures ce mercredi matin et reste en repli de plus de 10% depuis le début de l’année.

Une décision « mutuelle »

De son côté, le groupe américain a également évoqué, sans entrer dans les détails, les raisons de cet échec : l’incapacité des deux groupes à s’accorder sur « des conditions acceptables pour chacune » des parties. Et d’affirmer avoir « l’intention de créer de la valeur sur le long terme pour tous nos partenaires en nous concentrant sur nos priorités stratégiques et opérationnelles ».

Une stratégie qui, toujours selon Brown-Forman, « passe par le déblocage d’une croissance future en élargissant notre empreinte géographique, en continuant à bâtir des marques qui font écho chez les consommateurs et en renforçant l’efficacité opérationnelle ».

Guère plus disert, un porte-parole de Pernod, interrogé par Reuters a parlé d’une décision « mutuelle », dans le meilleur intérêt des actionnaires. Ce choix reflétait une « combinaison d’éléments » liés à la structure du deal et à la situation économique, et non un problème particulier, a poursuivi le porte-parole.

Dont acte. Ces négociations avaient été officialisé fin mars, dans un contexte morose pour les boissons alcoolisées à travers le monde. Brown-Forman avait alors évoqué « une fusion entre égaux », bien que les équilibres internes soient assez différents, ce qui supposait en effet de savants calculs de valorisation, pour une offre a priori en titres, qui aurait pu devoir se compléter en cash.

Une contreproposition

Mais alors que dès le départ les deux groupes ont indiqué qu’il n’y avait aucune garantie que les négociations aboutissent, des rumeurs concernant l’entrée en jeu d’un autre acteur, le groupe américain Sazerac, ont commencé à circuler, dans les médias du pays.

Selon le « Wall Street Journal », le groupe américain Sazerac avait contacté de façon informelle Brown-Forman pour une « possible entente ». « Maintenant que l’affaire Pernod Ricard est close, la famille Brown pourrait reprendre les discussions avec Sazerac ou attendre d’autres offres », a estimé Filippo Falorni, analyste chez Citigroup, qui recommande de conserver les actions de Brown-Forman, dans une note.

A ce stade, rien n’indique pour autant que la fin des discussions avec Pernod Ricard soit forcément favorable à un scénario d’alliance avec Sazerac. Celui-ci, contrôlé par la famille Goldring, aurait évoqué une offre valorisant Brown-Forman environ 15 milliards de dollars, soit 32 dollars par action.

Les analystes ont remis en question la logique d’un tel accord entre les deux Américains, et averti qu’il pourrait soulever des préoccupations en matière de concurrence. Ensemble, Brown-Forman et Sazerac contrôleraient plus de 30 % du marché du whisky aux Etats-Unis, ce qui, selon Barclays, déclencherait probablement un « examen approfondi » de la part des autorités de réglementation.

« Une fusion avec Sazerac nécessiterait probablement d’importantes cessions d’actifs, ce qui rendrait difficile la réalisation d’une transaction BF-Sazerac sous sa forme actuelle », écrivait Lauren Lieberman, analyste chez Barclays, dans une note du 13 avril.

Pernod Ricard, maison mère de l’emblématique pastis mais aussi de la vodka Absolut ou du whisky Jameson, a revu à la baisse, mi-avril, ses objectifs annuels, parlant d’une « année de transition avec une amélioration des tendances au deuxième semestre ».

Par Les Echos avec Paul Turban. – A retrouver en cliquant sur Source

Source : Pernod Ricard : la « fusion entre égaux » avec le propriétaire américain de Jack Daniel’s tombe à l’eau – Les Echos