Fast-food : face au boom des chaînes de poulet, un Français sur deux veut limiter les ouvertures
Portés par des prix agressifs et la vague du poulet frit ou grillé halal, des concepts comme Master Poulet ou Crousty séduisent une partie croissante des consommateurs. Mais selon une étude Ipsos bva publiée le 12 mai, cette expansion suscite aussi des inquiétudes : plus d’un Français sur deux souhaite désormais donner aux maires un pouvoir de limitation des ouvertures de fast-foods.
Le spécialiste du poulet grillé halal Master Poulet poursuit son expansion en France, surfant sur l’essor des concepts de restauration rapide à petits prix centrés sur le poulet.
Le phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur. Entre concepts de fried chicken à l’américaine, enseignes de poulet braisé halal et formats ultra accessibles, la restauration rapide autour du poulet s’impose comme l’un des segments les plus dynamiques du marché français. Dans ce paysage, des chaînes comme Master Poulet, récemment propulsée dans l’actualité après son bras de fer avec le maire de Saint-Ouen, symbolisent cette nouvelle génération d’acteurs capables de mêler petits prix, viralité sur les réseaux sociaux et expansion rapide.
Mais cette montée en puissance commence aussi à susciter des crispations. Selon une étude Ipsos bva réalisée du 7 au 11 mai auprès de 1 000 Français, 51 % des personnes interrogées se déclarent favorables à ce que les maires puissent limiter ou interdire l’installation de nouveaux fast-foods dans leur commune. Une proportion significative, alors même que la restauration rapide continue de gagner du terrain dans les usages alimentaires.
Le prix écrase tous les autres critères
L’étude met d’abord en lumière un arbitrage très économique des consommateurs. Pour 60 % des Français, le prix constitue désormais le principal critère de choix d’un fast-food, loin devant la qualité des produits (47 %) ou la diversité des plats (33 %). Dans un contexte de tension persistante sur le pouvoir d’achat, cette logique favorise mécaniquement les concepts les plus agressifs tarifairement.
C’est précisément sur ce terrain que prospèrent les nouvelles chaînes de poulet. Master Poulet, par exemple, affiche des tickets particulièrement compétitifs : 7,50 € le poulet entier, 4 € le demi-poulet ou encore 2,50 € la cuisse. Une proposition qui cible une clientèle populaire, familiale et urbaine, dans un marché où le poulet bénéficie d’un avantage structurel : un coût matière nettement inférieur à celui du bœuf.
Cette dynamique se traduit directement dans les chiffres du secteur. Selon le cabinet Strateg’eat, 16 enseignes spécialisées dans le poulet étaient recensées en France en 2025, contre seulement 7 en 2019. Le chiffre d’affaires du segment aurait quasiment doublé sur la période, passant de 670 millions à 1,3 milliard d’euros.
Réseaux sociaux et curiosité accélèrent le phénomène
L’enquête Ipsos bva montre également à quel point les nouveaux usages numériques participent à l’essor de ces enseignes. Parmi les consommateurs ayant testé des concepts comme Crousty ou Master Poulet, 72 % se disent satisfaits. Et surtout, la découverte de ces marques repose davantage sur la curiosité (58 %) et les réseaux sociaux (37 %) que sur la publicité classique.
TikTok, Instagram ou Snapchat jouent désormais un rôle central dans la diffusion de ces concepts, souvent construits autour d’une forte identité visuelle, de vidéos virales et d’une promesse simple : portions généreuses, cuisson spectaculaire et prix bas.
Dans le même temps, la restauration rapide traditionnelle tente de réagir. Ces dernières semaines, McDonald’s et Burger King ont ainsi relancé des offensives promotionnelles sur les petits prix, dans un contexte de concurrence accrue avec les nouveaux acteurs du poulet et les chaînes positionnées sur l’entrée de gamme.
Une demande croissante d’encadrement
Mais cette progression rapide nourrit toutefois des inquiétudes croissantes. L’étude révèle que 61 % des Français souhaitent soumettre les fast-foods à des règles plus strictes que les restaurants traditionnels, notamment sur les questions d’affichage nutritionnel.
Les motivations invoquées sont doubles : la protection de la santé publique (46 %) mais aussi la préservation des commerces locaux (38 %). Un signal qui intervient alors que plusieurs municipalités cherchent déjà à encadrer davantage certaines implantations commerciales dans les centres-villes ou les quartiers populaires.
Le conflit très médiatisé entre Master Poulet et la mairie de Saint-Ouen illustre cette tension émergente autour de la prolifération des enseignes de restauration rapide. D’un côté, des concepts qui captent une demande massive portée par le prix et la praticité ; de l’autre, des élus locaux confrontés aux enjeux de nuisances, d’équilibre commercial et d’image urbaine.
Au final, l’étude Ipsos bva met en évidence une contradiction de plus en plus forte : les Français, un peu schizophrènes, continuent de fréquenter et d’apprécier les fast-foods, mais une majorité d’entre eux réclame désormais un encadrement plus strict de leur développement.
Par Nicolas Monier – A retrouver en cliquant sur Source