Marché des boissons : les ventes de limonades décollent depuis la hausse de la taxe soda, les colas en recul
Depuis la hausse de la taxe soda, les limonades sans sucres tirent leur épingle du jeu, a contrario des autres BRSA. Surtout les références des marques locales et de distributeurs. Explications.
Les limonades, tonics et limes ont crû de 12,5% en volume, selon Circana (CAM au 29.03.2026, tous circuits GMS).
Depuis le relèvement de la taxe sur les boissons sucrées, en mars 2025, les volumes de colas ont chuté de 1,6 % et ceux des boissons aux fruits gazeuses de 4,3 %. Le segment des limonades, limes et tonic, à l’inverse, a bondi de 12,5 % et de 10,1 % en valeur. Mais d’où vient ce boom ? « Des limes, dont l’offre a augmenté en 2025 (+ 7,7 % en nombre de références en hypermarchés, + 18,3 % en supermarchés), et surtout de l’arrivée massive de limonades sans sucres premiers prix en EDMP, répond Vincent Calmard, consultant Circana. Les limonades light sont passées d’une diffusion valeur de 15 à 55 %. »
Un beau coup tactique des discounters, avant l’extension de la taxe aux boissons édulcorées en janvier 2026. Mais si les autres sodas accélèrent les reformulations, les limonades, elles, échappent encore à l’exercice. Leur recette simple et leur marketing axé sur l’authenticité les préservent pour le moment.
À noter qu’elles figurent aussi parmi les boissons les plus accessibles, un véritable atout en ces temps de tension sur le pouvoir d’achat. « Sur L’Abeille, qui a 7,5 g de sucre par litre, nous avons décidé de ne rien toucher, témoigne Jean-Baptiste Leroy, responsable marketing marques propres et partenaires LSDH. Sa recette est inchangée depuis 1876. La limonade, en France, est une madeleine de Proust, un produit refuge rassurant en cas de crise. C’est pour cela que beaucoup de petites marques locales prospèrent. »
Limonade du Vercors, Pétillo, à Alet-les-Bains, Rième, dans le Doubs, Elixia, dans le Jura, La Gosse, à Liévin, Auvergnat, dans le Puy-de-Dôme, La Limo de Goudale… Bien que premium, ces dernières résistent aux soubresauts de la conjoncture économique, portées par un chauvinisme régional revendiqué. Un attachement sentimental encore renforcé par leur bouteille rétro, souvent en verre, à bouchon mécanique.
Les chiffres clés
+ 8,5 % : l’évolution du CA des BRSA gazeuses, à 2,95 Mrds €,
– 0,6 % en volume
Dont
CA des segments et évolution en valeur et en volume vs A-1, en %
Source : Circana, CAM au 29.03.2026, tous circuits GMS
Soigner le premium
Ces positionnements expliquent, selon le directeur marketing de Lorina, Alexandre Mariat, « la résilience de la catégorie face à la taxe sucre dans l’univers concurrentiel des softs. Au bas de l’échelle, on constate un transfert de volumes depuis les autres softs vers les limonades les moins chères. À l’inverse, sur le haut du panier, avec des marques franco-françaises et des produits perçus comme plus naturels, l’élasticité prix joue peu ».
D’où l’intérêt, pour les distributeurs, de ne pas délaisser le premium, insiste Diane Cianfarani, cheffe de produits boissons chez Léa Nature, présent avec Kiva bio. «Les petites marques enrichissent l’offre. C’est un des segments les plus connotés d’affect. Tout le monde sait à peu près à quel goût s’attendre, on teste donc plus facilement une marque qu’on ne connait pas. » En redistribuant les cartes, la taxe a finalement rendu un service inattendu à la limonade en prouvant que la madeleine de Proust n’a pris aucun coup de vieux.
Par Laurence Zombek – A retrouver en cliquant sur Source