Chez Kronenbourg, le « plus grand brasseur de France » mise sur le rail et la canette
Les brasseries Kronenbourg d’Obernai produisent un quart de la bière consommée dans le pays. L’entreprise, qui possède son propre réseau ferroviaire, mise aussi davantage sur la canette, un format en croissance malgré les tensions sur l’aluminium.
La saison donne le tempo. De mars à mai, les brasseries Kronenbourg, à Obernai en Alsace, tournent à plein régime pour constituer ses stocks estivaux. « Si toutes les lignes fonctionnent en même temps, nous avons une capacité de 400.000 bouteilles et canettes par heure environ », estime Nicolas Flandre, responsable de ligne de production chez Kronenbourg.
Dans le vacarme des lignes d’embouteillage, bouteilles en verre et canettes s’alignent à un rythme quasi continu avant de disparaître sur des palettes. Ici, le site de Kronenbourg produit en quantité industrielle, avec, en 2025, 500 millions de litres de bière brassés sous une trentaine de marques (outre Kronenbourg, Tourtel Twist, Grimbergen, 1664, ou Carlsberg) sur plus de 69 hectares.
« C’est globalement un quart de la production et de la consommation en France », chiffre Franck Charnay, responsable du développement durable chez Kronenbourg, dont le site d’Obernai porte le titre de « plus grande brasserie de France ».
Onze lignes de conditionnement
Dans cette valse des boissons, si le verre reste majoritaire, le petit emballage en aluminium gagne du terrain, et cela est délibéré. « Chaque année, on transfère environ un point de volume du verre vers la canette », indique Franck Charnay. Sur site, trois salles de brassage à la chaleur étouffante alimentent onze lignes de conditionnement – huit pour les bouteilles, deux pour les canettes, une pour les fûts.
Pour un embouteilleur, développer la canette présente un avantage est à la fois logistique et économique. Ce contenant s’empile, se casse moins, et permet d’optimiser les flux de transport. Elle accompagne aussi l’évolution des usages, notamment hors domicile.
Chez le brasseur, sa production en volume a progressé de 6,7 % l’an dernier, avec en vedettes la 1664 et la Kronenbourg. La part des canettes dans ses ventes en magasin a progressé de 5,5 points en cinq ans et a atterri à 22,3 % en 2025. Ces choix interviennent dans un contexte de hausse des coûts pour les industriels depuis 2022, avec la flambée des matières premières, puis plus récemment celle de l’aluminium, liée au conflit au Moyen-Orient.
« Au premier trimestre, selon nos contrats d’achat, nous avons réussi à limiter les répercussions. L’impact immédiat est sur le transport, ensuite sur le gaz [qui représente les deux tiers du mix énergétique du site d’Obernai, NDLR] », précise Agnès d’Anthonay, porte-parole de Kronenbourg.
« Grande incertitude »
Et d’ajouter : « L’un des gros défis que nous avons, c’est sur la grande incertitude du conflit en Iran. S’il dure, les répercussions sur 2027 risquent d’être fortes. » Sur les matières premières, il en est une autre qui inquiète en ce moment : le CO2 alimentaire, qui sert à gazéifier les boissons.
Un tiers des engrais qui servent à le fabriquer transitent par le détroit d’Ormuz, les Brasseurs de France ont alerté ces derniers jours sur une possible flambée des prix de la bière. De son côté, Kronenbourg indique que le CO2 généré dans le processus de fermentation est récupéré, stocké et réutilisé.
Il est donc, selon l’entreprise, « quasiment autonome », souligne Franck Charnay, dont le groupe passé dans le giron du groupe danois Carlsberg depuis 2008, a réalisé près d’un milliard d’euros de revenus en 2025.
Sur le transport, le groupe a une carte à jouer. Une fois embouteillées, les boissons partent sur des palettes, avant d’être livrées un peu partout en France. La spécificité de Kronenbourg repose sur son embranchement de 14 km de voies ferrées propres à l’activité de la brasserie, qui dessert trois centres logistiques régionaux : Paris, Lyon et Angers.
Des bières dans le train
Avec en moyenne onze trains par semaine, chacun ayant une capacité d’accueillir environ 1.000 palettes, les bières ont, en quelque sorte, leur propre wagon-bar. Le fret est opéré par les sociétés Hexafret et Captrain.
« Un train nous fait économiser 40 camions. Au-delà du carbone, c’est une fluidité opérationnelle importante », souligne Vincent Petit, directeur logistique chez Kronenbourg, qui précise que dans 70 % des cas, une bière achetée en moyenne ou grande surface sera montée à bord d’un train.
Une fluidité qui protège en partie de la hausse brutale des coûts du carburant, mais pas sur les derniers kilomètres, où l’entreprise subit, comme tous les industriels, une pression sur les prix. La logistique demeure aussi sensible aux aléas ferrés : intempéries, neige, vol de câbles, accidents… « Celui qui a le plus grand impact pour nous, c’est quand il y a une grève nationale », poursuit Vincent Petit.
Et qui dit train, dit aussi maintenance et entretien. Plusieurs « dizaines de milliers d’euros » sont investis chaque année dans ce sens sur le site. Au global, le site a bénéficié de la part de sa maison mère d’un investissement de 100 millions d’euros en 2018 pour augmenter ses capacités de production. Une poche toujours en cours de déploiement.
Par Camille Wong (à Obernai, en Alsace) – A retrouver en cliquant sur Source
Source : Chez Kronenbourg, le « plus grand brasseur de France » mise sur le rail et la canette – Les Echos