Recul des ventes, export, fiscalité… la filière des spiritueux sonne l’alerte et interpelle les pouvoirs publics
A l’issue de son assemblée générale qui s’est tenue ce mercredi 1er juillet, la Fédération française des spiritueux (FFS) tire la sonnette d’alarme et appelle les pouvoirs publics à un cadre réglementaire stable.
«Pendant de nombreuses années, la baisse des volumes était compensée par la valeur grâce à la premiumisation», déclare Guillaume Girard-Reydet, président de la Fédération française des spiritueux (FFS) et président de Pernod Ricard France. Mais cette mécanique ne fonctionne plus. Le marché français enchaîne désormais une troisième année de recul simultané des volumes et de la valeur. En 2025, les ventes de spiritueux en grande distribution ont reculé de 2 % en volume et de 1,6 % en valeur. Les premiers mois de 2026 confirment la tendance, avec une baisse de 1,5 % de la valeur à fin mai.
Le whisky en recul, la vodka à la fête
Toutes les catégories ne sont cependant pas logées à la même enseigne. Le principal point noir reste le whisky (-5%). Mais là encore, les performances diffèrent selon les segments. Les whiskies français continuent notamment de progresser, preuve que les consommateurs restent sensibles à l’origine des produits et aux productions locales.
À l’inverse, la vodka figure parmi les grands gagnants du moment (+5% en valeur en GMS). Même dynamique pour les liqueurs modernes, les amers ou encore les spiritueux à base d’agave. Le phénomène Spritz continue également de transformer les habitudes de consommation. En CHR, le segment progresse de 10 % en volume et de 12 % en valeur, porté par l’arrivée de nouvelles recettes à base de liqueurs de sureau ou de limoncello.
Dans ce contexte, la « cocktailisation » apparaît comme une opportunité de renouveler les usages. Les cocktails permettent de proposer des boissons moins alcoolisées tout en conservant une expérience gustative valorisante. Une tendance qui bénéficie également aux offres sans alcool ou faiblement alcoolisées, désormais présentes dans la plupart des portefeuilles de marques.
Le CHR retrouve des couleurs
Si la grande distribution souffre, le circuit CHR se montre plus dynamique affichant une croissance de 1,1 % en volume et de 1,8 % en valeur. Une bonne nouvelle car les établissements jouent un rôle de prescription. Mais c’est surtout à l’international que la situation se dégrade. En 2025, les exportations françaises de spiritueux ont chuté de 17,4 % en valeur, à 3,7 milliards d’euros. Les États-Unis et la Chine, les deux principaux débouchés de la filière, concentrent l’essentiel des difficultés. Les ventes vers les États-Unis ont plongé de 25 % tandis que celles vers la Chine ont reculé de 20 %. Le Cognac, particulièrement exposé aux tensions commerciales, paie un lourd tribut avec une baisse de près de 24 % de sa valeur exportée. L’Armagnac (-13%) et les autres eaux-de-vie de vin (-10,3%) enregistrent également des replis significatifs. « Cette contraction brutale intervient alors même que les entreprises doivent absorber une hausse importante de leurs coûts de production : énergie, verre, transport, matières premières agricoles ou encore coût du travail », souligne la Fédération
Des entreprises fragilisées et inquiètes pour l’avenir
Le baromètre économique dévoilé lors de l’assemblée générale témoigne des inquiétudes. Près de 58 % des entreprises interrogées estiment que leur situation s’est détériorée au cours des douze derniers mois. Plus de la moitié constatent une baisse de leur chiffre d’affaires. La trésorerie recule pour 69 % des répondants et les marges brutes diminuent pour 65 % d’entre eux. Le constat est d’autant plus préoccupant que 96 % des entreprises indiquent ne pas parvenir à répercuter totalement les hausses de coûts dans leurs négociations commerciales avec la grande distribution.
Résultat, les capacités d’investissement et d’innovation se réduisent progressivement. S’il est trop tôt pour avancer un chiffre consolidé affirme la fédération française de spiritueux, certaines entreprises ont déjà engagé des plans d’ajustement, notamment dans les régions les plus exposées à la crise du Cognac. Cette fragilisation nourrit également une inquiétude croissante quant à l’avenir du secteur. Selon l’enquête de la fédération, 83 % des entreprises considèrent désormais le manque de visibilité comme un frein à l’embauche.
Pas d’aides, mais de la stabilité
Face à cette situation, la profession assure ne pas réclamer de soutien financier, mais plutôt une pause fiscale. « Chaque année, il faut se battre contre de nouvelles taxes Les spiritueux représentent déjà près de 70 % des recettes fiscales liées à l’alcool alors qu’ils ne comptent que pour environ 20 % des volumes consommés. Sur une bouteille moyenne, plus de 70 % du prix payé par le consommateur correspond à des taxes », insiste Guillaume Girard-Reydet. Les producteurs dénoncent une multiplication des contraintes nationales qui s’ajoutent au cadre européen réglementaire et génèrent des surcoûts pénalisant leur compétitivité.
Enfin, la Fédération appelle à soutenir davantage l’exportation, notamment à travers la conclusion d’accords commerciaux avec de nouveaux partenaires et la préservation des débouchés stratégiques que sont les États-Unis et la Chine. « Nous ne demandons ni subventions ni aides publiques », insiste Thomas Gauthier. « Nous demandons simplement de pouvoir nous projeter dans le long terme », poursuit le directeur général de la Fédération.
Une filière qui dénonce la stigmatisation de l’alcool
Au-delà des enjeux économiques, les responsables de la fédération regrette « la stigmatisation croissante de l’alcool dans le débat public ». Guillaume Girard-Reydet a notamment pointé les décisions prises lors du récent épisode de canicule. Alors que pendant la canicule, plusieurs festivals ont été annulés, tandis que d’autres ont interdit totalement la consommation d’alcool ou seulement celle des spiritueux, avec des approches variables selon les territoires, le président de la FFS regrette un manque de cohérence des décisions publiques et une tendance à faire de l’alcool le principal sujet de préoccupation lors de ces épisodes climatiques. « Les comportements ont profondément évolué. La consommation d’alcool en France est en recul depuis plusieurs décennies et les consommateurs font preuve d’une responsabilité croissante », constate le président de la FFS. Preuve s’il en faut, les ventes d’alcool ont fortement reculé à la fin du mois, sous l’effet des températures caniculaires. Selon les premiers chiffres du panel Nielsen, la baisse de la consommation de champagne et spiritueux s’inscrit en baisse de 8,9% contre une progression des liquides au global de 8,5% lors de la semaine 26 (du 22 au 28 juin 2026).
Par Marie Cadoux – A retrouver en cliquant sur Source