Cacolac, l’irréductible Gaulois du lait chocolaté qui résiste depuis 70 ans aux géants des sodas

REPORTAGE – Née dans une laiterie bordelaise au XIXe siècle, l’entreprise familiale a connu l’essor de la grande distribution et résisté à la pression des géants de l’agroalimentaire sans jamais perdre son identité.

« Notre histoire, c’est un peu ce petit village gaulois qui résiste face à l’envahisseur. » Dans son bureau de l’usine de Léognan (Gironde), Christian Maviel, PDG de Cacolac s’amuse de la comparaison avec les aventures d’Astérix. À la fin du XIXe siècle, dans le quartier de la Benauge, sur la rive droite de Bordeaux, la famille Lanneluc développe une activité laitière. À la Libération, la Laiterie de la Benauge est l’une des références du secteur dans l’agglomération bordelaise. Elle produit du lait, du beurre, des yaourts… mais c’est un voyage qui va changer son destin.

Nous sommes en 1954. Après un séjour aux Pays-Bas, l’associé de la famille Robert Lauseig découvre le lait chocolaté et s’en inspire. C’est ainsi que naît Cacolac. Le produit est vendu dans une petite bouteille en verre et se distingue par sa recette simple et efficace : du lait, du cacao et du sucre. Bien avant les rayons des hypermarchés, on trouve du Cacolac dans les cafés et les lieux populaires. « C’était une boisson créée pour le bar et par le bar », rappelle Christian Maviel. « On retrouvait les stands et les camionnettes dans les foires. » 

Le produit trouve rapidement son public. Au fil des années, il s’impose dans les cafés, hôtels et restaurants de toute la France, jusqu’à devenir l’une des boissons emblématiques des années 1980. « C’est l’âge d’or de Cacolac. Il y avait moins d’offres, c’était plus facile. On fait partie des boissons historiques… À l’époque, il y avait Coca, Orangina, Schweppes et Cacolac ! On a communiqué avec nos moyens face à ces géants », raconte le PDG. « Je me souviens qu’on était très présents dans les casernes, dans les services militaires à l’époque, avec les machines de vente à emporter. »

Vient l’arrivée de la grande distribution. « On voit arriver ce nouvel eldorado. C’était un rouleau compresseur qui a permis de vendre plus et plus vite, mais le côté négatif, c’est que ça a tiré les prix vers le bas. » Pour beaucoup d’acteurs du lait, l’avenir passe alors par la brique alimentaire. Chez Cacolac, on refuse de suivre le train. « À ce moment-là, il y a eu un vrai choix à faire… On pouvait aller vers l’emballage brique comme les grosses coopératives, mais l’entreprise a fait un choix audacieux : la canette, pour le côté nomade et proche de l’image qu’on avait construite avec notre petite bouteille qu’on vendait à l’époque. » Un pari qui permet à la marque de conserver sa singularité. « On avait de l’avance sur tout le monde. L’idée était de se démarquer par rapport aux grosses coopératives, et le processus industriel était quasi identique entre la canette et le verre. »

Dans les années 1990, la marque bénéficie d’une publicité inattendue… grâce aux « Guignols de l’Info ». La marionnette de Jean-Pierre Papin est présentée comme un consommateur compulsif de Cacolac. Christian Maviel en plaisante encore aujourd’hui. « J’ai déjeuné avec lui il y a un mois, quand je me suis présenté je lui ai dit : “Bonjour, je suis le chewing-gum qui te colle aux basques depuis 30 ans” », sourit-il. « On a toujours eu la chance d’avoir des placements produits “à l’insu de notre plein gré”, mais c’était toujours positif, dans les films, les sketchs d’humoristes… » 

Cacolac s’associe à la Région Aquitaine pour accompagner le monocoque du navigateur girondin Yves Parlier. À bord de ce bateau sponsorisé Cacolac, le marin remporte la Route du Café, en 1993, puis la Route du Rhum, en 1994.

L’entreprise développe dans le même temps son activité industrielle. Au milieu des années 1990, le PDG de l’époque, François Bénard, constate que l’usine n’est pas remplie à 100 % et veut valoriser le savoir-faire de l’entreprise. Il ouvre alors ses lignes de production à d’autres marques, pour faire du copacking. « On s’est ouvert aux sociétés qui avaient besoin de canettes et bouteilles verre, on a pu proposer nos services, diversifier nos activités, et donc avoir une deuxième source de revenu en B2B (business to business, NDLR). ça a été un tournant industriel. »

En 2000, l’entreprise tourne une page de son histoire en quittant son berceau de la Benauge pour s’installer à Léognan dans une usine moderne de 8 000 m².

Affaire de famille

Cacolac connaît un épisode mouvementé en 2011 lorsque la société est vendue à un groupe d’investissement« On ne voulait pas vendre à un grand groupe », explique Christian Maviel. « Je suis resté directeur du site, et le business model des repreneurs a malheureusement été un échec. » Quatre ans plus tard, en 2015, il reprend l’entreprise avec son père, Bernard Maviel (descendant des fondateurs de l’entreprise et président de Cacolac de 1996 à 2011). « On a tenté de relancer ce qui avait fait la réussite historique de Cacolac. Fin 2019, j’ai pu faire sortir les actionnaires pour réécrire l’histoire familiale, pour être à 100 % autonome. »

Cacolac conserve un atout : son capital sympathie. « Dans des salons, ça rappelle un bon souvenir aux gens, qui nous disent “qu’est-ce que j’en ai bu quand j’étais enfant !”. Dès qu’on parle de Cacolac, les gens ont la banane », raconte le PDG. Pour éviter de devenir la simple marque « nostalgique », l’entreprise cherche à se renouveler. En 2024, elle ouvre ses lignes de production de vin en canette, et mise de multiples boissons aromatisées de toutes sortes. Elle est aussi partenaire du club de rugby de l’Union Bordeaux-Bègles depuis 2019. « La dynamique du club était particulièrement prometteuse et nous avons souhaité l’accompagner. L’année dernière, la présence du logo Cacolac sur l’épaule gauche des joueurs jusqu’à la fin de la saison a offert une visibilité remarquable, couronnée par le premier titre de champion d’Europe du club », se réjouit Christian Maviel.

Cacolac s’associe également à des sportifs de l’extrême. En 2025, la « Team Cacolac », avec Nicolas Minvielle, Boris Paturet et Thomas Dupache, décroche l’or en wingsuit acrobatique aux championnats du monde. « Il n’y a pas que Red Bull qui donne des ailes, Cacolac aussi ! Le sport permet de communiquer auprès des jeunes. Nous restons fidèles à nos valeurs : étancher la soif et procurer du plaisir », souligne-t-il.

Aujourd’hui, l’entreprise produit toujours son lait chocolaté historique, vendu à 99 % en France, mais s’est aussi diversifiée avec de multiples boissons aromatisées de toutes sortes. Entre 50 et 55 millions de bouteilles et canettes sont produits chaque année sur le site de Léognan. Une réussite discrète qui attire régulièrement les convoitises, mais que ses dirigeants entendent préserver. Et lorsqu’un partenariat récent avec le Parc Astérix est venu renforcer l’image de la marque, Christian Maviel y a vu un symbole presque évident. Après plus de 70 ans d’existence, l’irréductible Bordelais continue de tenir tête aux géants.

source : Cacolac, l’irréductible Gaulois du lait chocolaté qui résiste depuis 70 ans aux géants des sodas