Chez Crown, la bobine est découpée, emboutie, étirée puis lavée. Le produit reste identique jusqu'à la phase de décoration.Guerre en Iran : les fabricants de canettes poussent pour un système de consigne alors que les prix de l’aluminium s’envolent

La filière milite pour une consigne afin d’améliorer la collecte et l’accès à des matériaux recyclés de meilleure qualité. Une solution qui pourrait aussi limiter les tensions actuelles sur le marché de l’aluminium.

Chez Crown, la bobine est découpée, emboutie, étirée puis lavée. Le produit reste identique jusqu’à la phase de décoration. (Photo Crown)

« Boîte à boisson » pour les initiés, « canette » pour les profanes. Cet emballage, qui accueille sodas, bières ou encore eaux aromatisées, connaît une progression des ventes de 5,8 % en volume en France sur un an, selon des chiffres récemment dévoilés par La Boîte Boisson, le Groupement interentreprises des fabricants de canettes.

La filière met en avant sa dynamique dans un contexte où le sujet des emballages revient dans le débat politique. La semaine dernière, sans rien annoncer pour autant, Emmanuel Macron a remis la question de la consignedans les discussions, principalement pour le plastique, mais avec des effets attendus sur l’ensemble des matériaux, dont la canette en aluminium.

« C’est un emballage standardisé, qui se recycle bien, qui n’a pas de perte de place durant le transport car il s’empile. L’emballage est opaque et protège mieux les liquides », défend Lucien Debever, le délégué général du lobby. Si elle a une praticité logistique, la canette reste néanmoins un emballage à usage unique, dont la consommation est notamment réalisée hors domicile.

Volatilité des matières premières

Cela pourrait aussi avoir du sens dans un contexte de forte volatilité des matières premières. Avec le blocage du détroit d’Ormuz en Iran, le cours de l’aluminium primaire, par ailleurs très énergivore à fabriquer, évolue autour de 3.600 dollars la tonne, en nette hausse sur les six derniers mois (+ 25 %). Un renchérissement que les industriels de l’emballage absorbent en répercutant sur leurs clients, mais qui pèse in fine davantage sur les embouteilleurs, moins couverts par ces mécanismes.

Selon la filière, une consigne sur l’aluminium permettrait donc de sécuriser un approvisionnement local en matière recyclée, moins exposé aux chocs extérieurs. La France reste en retard sur les objectifs européens de collecte et de recyclage de cet alliage. « Le taux de collecte est très bas. Seule une canette sur quatre finit dans le bac jaune », estime Lucien Debever.

A la différence du verre, qui peut se réemployer (et plus écologique s’il est réutilisé en local), une consigne « mixte » sur l’aluminium, c’est-à-dire pour le recyclage et pas le réemploi, permettrait, selon les acteurs de la filière, d’avoir accès à un gisement de matière secondaire plus considérable et de meilleure qualité car mieux recyclé. Un sujet sensible, car il touche à la captation de la valeur de ces flux entre industriels et collectivités.

A l’échelle européenne, il existe déjà quelques exemples, dans les pays nordiques ou en Allemagne. Selon l’organisation Metal Packaging Europe, lorsqu’un système de consigne est installé, le gisement grimpe rapidement, comme en témoigne l’exemple de Malte, où la consigne, mise en place en 2023, aurait permis de faire passer le taux de recyclage de 50 à 80 %.

Investissements dans le recyclage

Côté approvisionnement, les fabricants rassurent, pour l’instant, sur les risques de pénurie. « On source assez peu d’aluminium au Moyen-Orient, et cette petite partie a été réorganisée dans la production en achetant plus en Europe. Mais on surveille le sujet de près », confie Angélique du Rostu, porte-parole de Constellium, géant français de l’aluminium. « Ce conflit rend néanmoins l’enjeu du recyclage encore plus important car nous devons être plus autonomes sur nos approvisionnements en matériaux », poursuit-elle.

Le groupe français produit son métal blanc à Neuf-Brisach, dans le Grand Est. Avant de devenir une canette, le matériau prend la forme de bobines d’environ 10 kilomètres de long pour une dizaine de tonnes, mêlant métal primaire et recyclé. Il a investi 130 millions d’euros en 2024 pour renforcer ses capacités de recyclage, avant laminage et expédition.

Ces bobines alimentent ensuite des fabricants comme l’américain Crown Bevcan – dont la seule usine française se situe à Custines (Meurthe-et-Moselle) -, qui s’approvisionne aussi auprès de l’allemand Speira. D’autres acteurs mondiaux, comme Ardagh Metal Packaging ou Ball Corporation, produisent des canettes standardisées, déclinées selon les usages – bière, boisson énergisante, soda.

Un objet marketing

Chez Crown, la bobine est découpée, emboutie, étirée puis lavée. Le produit reste identique jusqu’à la phase de décoration, où les commanditaires se dévoilent, comme Coca-Cola, Orangina ou Kronenbourg.

Au-delà de l’industrie, la canette est aussi un objet marketing. « Elle offre une grande liberté de design et permet des lancements fréquents », souligne Alexandra Venot, directrice commerciale chez Crown. Le site produit plus de 6 millions d’unités par jour, soit environ 3.000 par minute. Elles sont ensuite livrées aux embouteilleurs pour remplissage, qui vont y injecter leurs boissons, avant de les envoyer en magasin.

La canette prend des parts sur le verre et le plastique. C’est le cas par exemple chez Kronenbourg, où le brasseur indique que la canette progresse (+ 6,7 % de production l’an dernier). L’enjeu reste toutefois de la « premiumiser », alors que la 1664 concentre encore la moitié des volumes.

Camille Wong