« Un certain nombre de personnes ne vont pas prendre l’avion cette année » : le tourisme de proximité s’impose aux Français

Le contexte géopolitique et le retour de l’inflation renforcent la tendance aux vacances de proximité pour cet été. La France bénéficie de ce mouvement, qui lui permet de compenser en partie le recul de certaines clientèles internationales.

Voyager près de chez soi et pour moins cher. Tel est le mot d’ordre de l’été, à en croire les professionnels du secteur touristique. La plateforme de locations de vacances Airbnb observe pour la saison estivale une croissance de près de 5 % des recherches effectuées en France, et plus de 40 % des réservations effectuées par les Français concernent des séjours à moins de 500 kilomètres de chez eux.

« Dans les espaces ruraux, il y a une hausse de la location touristique », confirme Adam Oubuih, directeur général de l’agence Atout France. Avec la hausse du coût des transports et les incertitudes géopolitiques rallongeant certaines liaisons long-courriers, les voyageurs sont de fait plus réticents à partir à l’autre bout du monde.

« Face à la pression sur les prix des billets d’avion, les voyageurs recherchent des alternatives, privilégient les destinations plus proches de chez eux et explorent de nouvelles façons de voyager pour maximiser les expériences tout en préservant un bon rapport qualité-prix », résumait récemment Xavier Rousselou, porte-parole de Hotels.com.

« Staycation »

La situation internationale semble notamment amplifier la tendance au « staycation ». Ce mouvement qui consiste à chausser des lunettes de touriste dans son environnement familier s’inscrit désormais dans la durée : depuis 2023, la distance entre le domicile et le lieu de vacances a diminué de près de 30 kilomètres en moyenne, selon les données d’Airbnb.

Les Français sont aussi plus nombreux cet été à plébisciter le voyage en groupe, qui permet notamment de diviser la facture : les réservations de 4 personnes et plus progressent de 8 % sur la période estivale, précise la plateforme.

Dans ce contexte, certains segments touristiques bénéficiant d’une image bon marché, comme le camping, résistent bien. « Si l’on observe certaines tensions budgétaires chez les vacanciers, l’envie de partir reste bien présente », note la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air (FNHPA), qui anticipe des taux d’occupation très proches de ceux de 2025.

Au 27 mai, le secteur enregistrait 99 millions de nuitées en 2026, en très légère baisse de 0,48 % sur un an. « Sur l’hôtellerie de plein air, on constate une baisse de la clientèle internationale mais celle-ci est compensée par la demande des voyageurs locaux », souligne Adam Oubuih.

La clientèle européenne plus nombreuse

Cette redistribution permet à la France d’enregistrer un volume global de réservations d’hébergement stables sur un an, selon Leslie Rival, secrétaire générale de l’Alliance France Tourisme. Mais les données à ce jour sont à prendre « avec des pincettes », selon Adam Oubuih, car l’attentisme actuel pourrait se traduire par des réservations de dernière minute. « On aura la copie finale plutôt à partir de juillet. Il peut encore y avoir de bonnes surprises », estime-t-il.

D’autant que la France dispose, selon lui, de plusieurs atouts qui pourraient inciter davantage de voyageurs issus de pays voisins à la privilégier, dont « son offre touristique diversifiée, avec des propositions haut de gamme et d’autres plus accessibles, mais aussi son importante accessibilité à la fois ferroviaire et autoroutière ». « Cela pourrait nous bénéficier car un certain nombre de personnes ne vont pas prendre l’avion cette année et opter plutôt pour le train » ou le bateau, estime-t-il.

Les Hauts-de-France enregistrent ainsi des hausses de fréquentation depuis quelques années. Selon le Comité régional du tourisme, rebaptisé Hauts-de-France Tourisme, entre 2022 et 2025, le nombre de nuitées – 16,5 millions en 2025 – a en effet augmenté de 7,1 % dans cette région, contre 4,9 % au niveau national. Et sur cette période, les nuitées de la clientèle internationale – les Britanniques étant en tête – ont carrément bondi de 24 % (de 15 % dans les campings) contre 7 % au niveau national.

Des revenus touristiques moindres

Les clientèles européennes n’ont toutefois généralement pas le même pouvoir d’achat que les touristes long-courriers, moins présents cette année en raison du contexte géopolitique. « Le budget d’un Allemand qui va venir quelques jours, par exemple, n’est pas le même de celui d’un Australien qui serait venu pour deux, trois semaines », souligne Leslie Rival.

Les revenus touristiques pourraient donc pâtir de cette recomposition, à l’heure où la France tente de doper ses recettes touristiques internationales. Alors que celles-ci ont atteint 77,5 milliards d’euros en 2025, le gouvernement s’est fixé en février dernier l’objectif de franchir les 100 milliards d’ici à 2030. La France entend pour ce faire développer certaines filières touristiques, dont l’agritourisme et l’oenotourisme.

Par Rachel Cotte avec Nicole Buyse – A retrouver en cliquant sur Source

Source : « Un certain nombre de personnes ne vont pas prendre l’avion cette année » : le tourisme de proximité s’impose aux Français – Les Echos