« Les restaurants sont devenus trop chers » : plombée par la crise du pouvoir d’achat, la restauration vit « une année de bascule »

Dans une étude rendue publique ce mardi, le cabinet spécialisé Gira révèle les nouvelles habitudes de consommation des Français et notamment la percée des boulangeries, devenues leader sur le créneau de la pause déjeuner.

Le marché de la restauration traverse une « année de bascule » marquée par des « questionnements profonds sur sa rentabilité durable », révèle le cabinet de conseil Gira dans son étude annuelle publiée ce mardi.

D’un côté, le nombre de lieux qui servent à manger hors du domicile – comprenant les restaurants traditionnels mais aussi les fast-foods, les boulangeries, certaines grandes surfaces ou encore des stations-service – a légèrement augmenté depuis 2024, de 2,1 % à 414.600 points de vente. Le chiffre d’affaires du secteur a également grimpé de 4,3 %, à 128,3 milliards d’euros hors taxes.

Quant aux défaillances, elles continuent de se multiplier. Après avoir augmenté de 7 % en 2024 par rapport à l’année précédente, les défaillances de restaurants sont encore en hausse de 8,3 % en 2025, révèle Bernard Boutboul, directeur du cabinet Gira. « Quand vous avez 100 restos qui ferment, il y en a 130 qui ouvrent », résume-t-il.

Fréquentation plombée par le pouvoir d’achat

Et la fréquentation, quant à elle, stagne, avec une hausse de 1,5 % par rapport à 2024, soit la plus faible augmentation enregistrée depuis le Covid. Ce sont surtout les tarifs pratiqués et la crise du pouvoir d’achat qui dissuadent les Français de manger à l’extérieur, observe le directeur de ce cabinet spécialisé dans la restauration.

« Les restaurants sont devenus trop chers, aussi bien dans les fast-foods que dans la gastronomie », constate-t-il. « La France fait pourtant partie des pays du monde où la sortie au restaurant reste un moment de plaisir sur lequel, jusqu’à maintenant, les gens n’arbitraient pas », observe le directeur de Gira. Désormais, les personnes issues des catégories sociales inférieures (CSP -) interrogées dans l’enquête révèlent avoir diminué le nombre de sorties au restaurant de 30 % en 2025. De leur côté, les catégories sociales supérieures (CSP +) continuent de manger autant à l’extérieur mais optent pour un menu plus court, boisson et plat, au lieu d’entrée-plat ou plat-dessert.

Sans aller jusqu’à imiter les fast-foods, qui se livrent bataille avec des menus à cinq euros « mais voient leur rentabilité s’affaisser », Bernard Boutboul estime que les restaurants traditionnels devraient rogner leurs marges et baisser leurs prix pour faire revenir la clientèle. Tout en ayant conscience de leurs contraintes – « ils sont coincés entre des loyers qui augmentent, le tarif de l’énergie, les matières premières » -, le dirigeant l’affirme : « certains ont fait plus de chiffre d’affaires avec moins de fréquentation, ça veut dire que l’inflation a été trop répercutée ».

Les boulangeries gagnent du terrain

D’autant plus qu’un concurrent inattendu s’est largement imposé dans les habitudes des Français pour la pause déjeuner : les boulangeries. « Ça fait longtemps qu’elles ne proposent plus que des sandwichs mais aussi des plats cuisinés, des quiches, des salades, des pokés », détaille le consultant, qui observe que ces commerces sont désormais leader sur le créneau de la pause déjeuner.

Les commerces alimentaires dits « alternatifs », qui comprennent les boulangeries mais aussi les commerces de bouche, certaines stations-service et grandes surfaces, captent ainsi 19,8 % du chiffre d’affaires de la restauration hors domicile, contre 58,7 % pour la restauration commerciale. Le reste se partage entre restauration collective (17,3 %), hôtelière (3,9 %) et les distributeurs automatiques de pizzas ou sandwichs (0,2 %).

Par Sarah Dumeau – A retrouver en cliquant sur Source

Source : « Les restaurants sont devenus trop chers » : plombée par la crise du pouvoir d’achat, la restauration vit « une année de bascule » – Les Echos