« L’objectif est de créer de la stabilité » : le plan de Lavazza pour sortir des années noires du café
Après des années de forte inflation, le groupe italien mise sur un retour au calme des marchés pour reconstituer ses volumes. Sans sacrifier la création de valeur, qui reste l’objectif numéro un du propriétaire de Carte Noire.
Le bout du tunnel pour un secteur en crise. Alors que les prix du café sur le marché redescendent sur terre après plusieurs années de forte inflation, Lavazza entrevoit enfin un retour à une situation plus favorable. « Notre objectif est de créer de la stabilité », a assuré mardi Giuseppe Lavazza, le président du groupe familial italien.
L’an dernier, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 3,9 milliards d’euros (+15,7 % sur un an), porté par des hausses de prix. Cela s’est traduit par une rentabilité accrue, avec un résultat d’exploitation (Ebitda) en hausse de 8,8 % (à 340 millions d’euros) et un bénéfice net en progression de 10,9 % (à 92 millions d’euros).
Stabilisation du marché
Pour la France, le chiffre d’affaires a augmenté de 9,3 % (à 519,5 millions d’euros), au prix d’une contraction des volumes de 16,3 %. « C’est normal dans un marché où il y a de fortes hausses de tarifs d’avoir de telles évolutions », justifie Giuseppe Lavazza. Entre début 2021 et début 2025, les prix de l’arabica ont bondi de 230 %, et ceux du robusta de 325 %. Si bien que le paquet de café moulu Carte Noire est passé en moyenne de 4 euros à 6 euros.
Le représentant de la quatrième génération des torréfacteurs Lavazza assume : « Il faut prendre en compte l’équation volume-prix : c’est une décision stratégique que l’entreprise a prise en face d’un environnement très dynamique. Quand la situation se stabilise, il y a en général une récupération des volumes perdus. »
Montée en gamme
Si le groupe ne veut surtout pas affecter sa rentabilité – il vise les 12 % de marges, contre 8,8 % aujourd’hui -, il n’exclut toutefois pas quelques baisses de prix si l’environnement compétitif l’imposait, grâce à la baisse des cours mondiaux du café. Lavazza mise aussi sur l’innovation pour créer davantage de valeur et attirer des consommateurs, adeptes du « moins mais mieux » au sortir de cette crise inflationniste.
L’an dernier dans l’Hexagone, le marché a crû de 14,3 % en valeur (4,43 milliards d’euros) mais reculé de 2,1 % en volume (204.061 tonnes). Pour Lavazza, la preuve en est que le café en grains séduit toujours plus de consommateurs.
« En France, la croissance est forte et stable »
« En Allemagne, le café en grains est désormais un marché plus important que le moulu. En France, la croissance est forte et stable. Nous sommes très forts sur ce segment : c’est une occasion extraordinaire pour nous développer », assure Giuseppe Lavazza. La restauration est aussi un terrain de conquête, notamment sur les segments les plus premium avec des offres très spécialisées, comme Lavazza 1895.
De quoi donner « du relax et de la solidité » au groupe, qui a vu sa taille multipliée par quatre en quatre ans. « Nous sommes sortis du menu de la table [d’éventuels acquéreurs, NDLR] pour devenir des personnes qui se trouvent à table et peuvent commander », philosophe Giuseppe Lavazza, qui vise les 6 milliards de chiffre d’affaires.
Deux marchés stratégiques sont identifiés : les Etats-Unis (600 millions d’euros de chiffre d’affaires), que le groupe veut faire doubler, et la Chine, où Lavazza mise sur le développement des coffee shops.
Par Paul Turban – A retrouver en cliquant sur Source