Bouteilles Absolut VodkaPernod Ricard : à la conquête de la première place mondiale

Déjà leader mondial des spiritueux de luxe, le français peut espérer dépasser Diageo. Désendetté, le groupe dispose de marges pour accélérer sa croissance.

Le numéro deux mondial des vins et spiritueux vient d’achever son exercice annuel 2017-2018, clos au 30 juin. Les observateurs anticipent une stabilité du chiffre d’affaires sur l’année, assortie d’un bénéfice net par action de 5,71 euros, en hausse de 2,3%. Pourtant, Pernod Ricard va mieux.

Le trou d’air de l’année 2014 n’est plus qu’un mauvais souvenir. Cette année-là, le principal moteur de croissance et de profits du groupe s’était éteint sous l’effet des mesures réglementaires prises par les autorités de Pékin. En quelques mois, le marché chinois des alcools haut de gamme, en pleine croissance, s’était brutalement asséché.

Pierre Coppéré, alors PDG de Pernod Ricard Asie, avait parlé d’un «ralentisseur sur la route». Il avait vu juste. Son successeur, Philippe Guettat, a récemment confirmé lors d’une conférence avec les investisseurs le retour d’une forte dynamique en Asie. À fin avril 2018, les ventes de Pernod Ricard ont progressé de 19% en Chine, contre 2% à la même période l’an passé. En Inde, le rythme de croissance est lui aussi soutenu, atteignant 14% contre 1% à fin avril 2017.

Mais Pernod Ricard ne doit pas uniquement cette bonne performance à la seule évolution de son environnement.

 

En juin 2015, le jeune et talentueux PDG Alexandre Ricard fait évoluer le modèle économique de l’entreprise sous le regard attentif et bienveillant de Pierre Pringuet, vice-président du conseil d’administration et principal architecte d’une stratégie qui a conduit le groupe au deuxième rang mondial du secteur, derrière le britannique Diageo. En ligne de mire, un objectif présent dans toutes les têtes depuis quarante ans : être le premier.

Leader mondial dans le luxe

Pour réaliser cette ambition, le français a grandi au fil des acquisitions structurantes : Seagram en 2001 (Chivas, Royal Salute, The Glenlivet, Martell…), Allied Domecq en 2005 (Ballantine’s, Beefeater, Kahlua, Malibu, Mumm…) et enfin, en 2008, le suédois Vin & Sprit, propriétaire de la marque de vodka premium Absolut.

En parallèle, les dirigeants ont façonné la montée en gamme de ce portefeuille de marques. Avec cette stratégie de valeur, Pernod Ricard est désormais le leader mondial des spiritueux de luxe.

Essentiels et accélérateurs

Pour gérer avec efficacité son portefeuille de marques, Pernod Ricard a opté en faveur d’un modèle décentralisé dont l’organisation repose sur six sociétés de marques et six sociétés de marchés toutes rattachées au siège parisien.

Les sociétés de marques possèdent, protègent et développent leur propriété intellectuelle. Elles ont aussi la mission de développer une stratégie d’ensemble pour leurs marques, de trouver des solutions et les moyens permettant de l’activer.

Quant aux sociétés de marchés, elles mettent en œuvre cette stratégie à l’échelle locale. Le succès de ce modèle permettant d’encourager les bonnes pratiques sur le plan opérationnel et marketing dépend donc de la qualité du dialogue entre ces deux groupes de filiales.

Ces unités opérationnelles ont reçu la consigne de mettre le consommateur et surtout les moments de consommation au cœur de leurs préoccupations.

Pour y parvenir, le groupe compte sur ce qu’il appelle les quatre «essentiels» (excellence opérationnelle, gestion des talents, responsabilité sociale d’entreprise et distribution) et les quatre «accélérateurs» (portefeuille de marques, premiumisation, innovation et accélération digitale).

En vue : une croissance interne des ventes comprises entre 4 et 5% par an et une croissance interne du taux de marge opérationnelle courant.

En Bourse, le parcours récent de l’action, en hausse de 4,74% depuis le début de l’année et de 18,58% sur un an, montre que les investisseurs misent sur la réussite du plan stratégique.

Plus cher que Diageo

Le groupe vise un résultat opérationnel courant en hausse de 6% à fin juin 2018. Avec une capitalisation boursière équivalente à 22,8 fois le bénéfice net anticipé à fin juin, l’action Pernod Ricard est un peu plus chère que celle de Diageo (21,3 fois).

Mais les perspectives de croissance et le potentiel du groupe en Asie plaident en sa faveur. Il pourrait ainsi petit à petit combler l’écart de profitabilité qui le sépare de Diageo, dont la marge nette moyenne s’élève tout de même à 26% contre 18% pour le français.

En outre, l’abondante trésorerie générée par l’exploitation a permis à Pernod Ricard d’accélérer son désendettement au cours du dernier exercice.

Le groupe familial a ainsi récupéré des marges de manœuvre financières pour accélérer sa croissance, dix ans après l’acquisition d’Absolut.

Source : Pernod Ricard : à la conquête de la première place mondiale | Le Revenu