Pernod Ricard stabilise ses ventes mais avertit sur l’impact de la guerre au Moyen-Orient

Le groupe, en discussion avec le groupe Brown Forman pour fusionner, anticipe une baisse annuelle de 3 à 4 % en raison des répercussions du conflit dans le Golfe sur son activité de travel retail.

Le verre à moitié plein pour Pernod Ricard. Le géant français des spiritueux a dévoilé, ce jeudi matin, un chiffre d’affaires stable (hors effets de change et de périmètre) au titre de son troisième trimestre décalé, alors que les effets de la guerre au Moyen-Orient commencent à se faire sentir, à la marge.

« Comme attendu, nous enregistrons au troisième trimestre une amélioration séquentielle du chiffre d’affaires en organique par rapport au premier semestre, avec un retour à la croissance des volumes totaux à +4 % », se félicite le groupe dans un communiqué. Le chiffre d’affaires s’est établi sur la période à 1,94 milliard d’euros. En publié, les revenus sont affectés par de forts effets de change (impact de 155 millions d’euros) et de périmètre (175 millions) et reculent plus nettement (-15 %).

Activité nulle au Moyen-Orient

Pour l’ensemble de l’exercice, « nous anticipons désormais une baisse du chiffre d’affaires en organique comprise entre -3 % et -4 % sur l’ensemble de l’exercice, en raison du conflit en cours au Moyen-Orient », prévient le propriétaire de marques comme Ricard, Jameson, Absolut Vodka ou Malibu, tout en réitérant ses objectifs à moyen terme.

Au coeur des interrogations, le déclin du tourisme lié à la guerre en Iran pèserait sur son activité de « travel retail » et sur ses ventes annuelles. Lors d’une conférence avec les analystes, le groupe a indiqué que sans la guerre, sa croissance organique aurait été supérieure d’environ 0,5 % (50 points de base) et reconnu implicitement que l’activité dans les pays directement affectés avait été pour ainsi dire nulle.

Ailleurs, il n’y a pas encore de répercussions secondaires observées. Sur d’éventuels impacts logistiques, « les équipes sont mobilisées et surveillent la situation », a indiqué Hélène de Tissot, la directrice financière du groupe.

Autant d’annonces qui ont laissé les investisseurs plutôt de marbre, avec une baisse du titre d’environ -0,15 % à la mi-journée.

« Ready to drink »

Parmi ses motifs de satisfaction, Pernod Ricard estime s’être adapté à de nouvelles habitudes de consommation, par exemple avec des formats plus petits, pour répondre à des enjeux de pouvoir d’achat, s’être bien positionné dans les boissons prêtes à boire ( « ready to drink » ou RTD). Comme d’autres secteurs (glace, café…), le groupe met en avant « l’extension des moments de consommation », avec le lancement de produits sans alcool et à faible degré.

La zone Amériques (un peu moins d’un tiers des ventes), affiche un repli de ses ventes de 8 % (-12 % pour les Etats-Unis) en organique et de 18 % en publié, avec un fort effet devises. Le signe qu’avec les tensions commerciales, il pourrait y avoir du sens à se trouver un partenaire américain. Le groupe a d’ailleurs reconnu, fin mars, des « discussions » en vue d’un éventuel rapprochement avec son homologue Brown-Forman, maison mère du whisky Jack Daniel’s.

Mais le « Wall Street Journal » a indiqué mercredi que Sazerac, autre groupe du Kentucky, aurait fait une offre d’environ 15 milliards de dollars pour siffler les bouteilles de « Jack », ce qui pourrait compliquer la donne.

La zone Asie-reste du monde offre un visage plus réjouissant, avec une croissance interne de 6 %, qui ne vient pas compenser, là aussi, de forts effets de périmètre et de devises. Le contexte demeure compliqué en Chine, mais les ventes en Inde, habituel rayon de soleil dans les ventes du groupe, continuent de bien se porter avec une empreinte forte en local sur le whisky.  Une présence de nature à intéresser Brown-Forman pour améliorer son maillage géographique ?

Un projet de mariage à préciser

D’autres paramètres entreront en compte pour le groupe américain. Contrairement à une éventuelle offre de rachat de Sazerac, l’accord avec Pernod pourrait prendre la forme d’un échange d’actions, indique l’agence Reuters. Ce qui permettrait à la famille Brown de conserver un certain contrôle sur le célèbre producteur de bourbon qu’elle dirige depuis 1870.

Selon une source proche du dossier, les discussions se poursuivent et la rumeur d’une offre concurrente du groupe américain Sazerac pour fusionner avec son compatriote américain ne serait qu’une manoeuvre de diversion, aucune des parties n’ayant d’ailleurs confirmé l’information publiée par le « Wall Street Journal ».

« Le portefeuille de marques de Sazerac et de Brown Forman est similaire, un rapprochement ne ferait que réunir plus de marques, alors que Pernod Ricard apporte au contraire dans la corbeille son réseau de distribution international, notamment dans les marchés émergents, tandis que Brown Forman apporte Jack Daniel’s, sa marque américaine de whisky emblématique », souligne cette source.

Le scénario franco-américain serait néanmoins lui aussi semé de points d’interrogation pour ces deux groupes familiaux. Comment rapprocher les points de vue entre un groupe (côté Brown Forman) où la famille détient une part plus grande (67,5 % des droits de vote) d’un ensemble plus petit (13 milliards de dollars de capitalisation, soit environ 11,5 milliards d’euros), et un autre où c’est l’inverse ? La société Paul Ricard détient un peu plus de 15 % de l’ensemble pesant environ 17 milliards d’euros de capitalisation.

Par Edouard Lederer et Ninon Renaud – A retrouver en cliquant sur Source

Source : Pernod Ricard stabilise ses ventes mais avertit sur l’impact de la guerre au Moyen-Orient | Les Echos