Restauration et distribution : « La fin des frontières entre deux univers désormais indissociables », selon Philippe Palazzi, DG du groupe Casino

À l’occasion du Food Hotel Tech, le directeur général du groupe Casino, Philippe Palazzi, a réaffirmé la convergence inévitable entre restauration et commerce de proximité, désormais réunis au sein d’un même écosystème répondant aux nouvelles attentes des consommateurs.

« Je suis très heureux d’être avec vous aujourd’hui pour cette 9e édition du Food Hotel Tech. » Au delà de ces premiers mots d’introduction plutôt classiques, Philippe Palazzi, le directeur général du groupe Casino, leader du commerce de proximité, ne s’est pas contenté d’un discours institutionnel lors de son intervention, mardi 14 avril, en ouverture du salon. Il a posé un constat clair. Celui d’un bouleversement profond des usages de consommation, qui redessine les contours des secteurs de la restauration et de la distribution. Longtemps pensés comme distincts, ces métiers s’inscrivent désormais dans une dynamique commune, faite de complémentarité et d’interdépendance. Une transformation structurelle qui marque, selon lui, « la fin des frontières » entre deux univers désormais indissociables. Voici douze moments importants de son discours.

1/ Un même écosystème

« Si je suis ici aujourd’hui, en tant que DG du Groupe Casino, leader du commerce de proximité, c’est parce que je suis convaincu que nos métiers ne peuvent plus être pensés séparément. Nous faisons partie d’un même écosystème, où nos offres sont devenues complémentaires et interdépendantes. Un écosystème où chacun apporte une réponse à des besoins de consommation qui se sont profondément transformés. C’est la fin des frontières entre nos métiers ».

Commerce, restauration et hôtellerie, désormais très imbriqués

2/ Une hybridation complète du commerce, de la restauration et de l’hôtellerie

« Aujourd’hui, le client distingue de moins en moins ce qui relève de la restauration, du commerce ou du service . Il cherche simplement à se nourrir, à un moment donné et avec un certain niveau d’exigence, dans un contexte précis. Selon les situations, il va aussi bien aller au restaurant, s’arrêter dans un commerce de proximité, acheter un produit prêt à consommer, ou combiner plusieurs solutions dans la même journée. Je dirais même que l’évolution des comportements consommateurs, y compris touristiques, tient largement aux transformations de l’offre. On assiste à une hybridation complète du commerce, de la restauration et de l’hôtellerie, en même temps que des usages« .

3/ Les besoins du voisinage, des actifs, et des touristes convergent

« Prenons l’exemple de Casino. Historiquement, nos magasins étaient des commerces de dépannage. L’épicerie du quotidien. Mais nous avons vu évoluer les attentes de nos clients : plus de produits prêts à consommer, plus de restauration, plus de services. Et aujourd’hui, une part croissante de notre clientèle est liée au tourisme et à l’hôtellerie élargie, incluant les locations courte durée. Très concrètement, dans certains magasins parisiens, près de 50 % de notre CA est réalisé avec des cartes bancaires étrangères. Ce qui est intéressant, c’est que les besoins du voisinage, des actifs, et des touristes convergent ».

4/ Construire une réponse pour ces nouveaux usages touristiques

« En développant une offre adaptée à nos clients de proximité, nous avons aussi construit une réponse pour ces nouveaux usages touristiques. Nous apportons en effet aujourd’hui des services qui sont totalement complémentaires aux activités hotellières : amplitude horaire large, restauration prête à consommer, mais aussi des services comme le gardiennage de bagages ou la remise de clés. C’est pourquoi je suis convaincu que cette complémentarité ouvre des opportunités de partenariats . Je considère qu’avoir une épicerie de proximité ouverte 7 jours sur 7, de 7h à 22h, à côté d’un hôtel, est un avantage compétitif. Et nous avons les chiffres : à Paris, vous avez un magasin Franprix à moins de 300 mètres de la plupart des hôtels ! »

Des consommateurs devenus hybrides

5/ Le plein de courses hebdomadaire, organisé à l’avance, n’est plus la norme

« Pour moi, c’est en travaillant ensemble , en tant qu’écosystème, que nous renforcerons la qualité de l’expérience proposée. C’est tout le sens de ma venue aujourd’hui ici, vous partager la manière dont le commerce de proximité s’inscrit dans cette transformation, et les passerelles que nous pouvons construire ensemble. Je l’ai abordé rapidement, mais je veux y revenir plus en détails. La manière dont les Français se nourrissent change durablement. Les consommateurs sont devenus hybrides. Ils veulent pouvoir manger bon, sain, rapide, à toute heure. Et ils attendent une expérience simple, omnicanale et fluide. Très concrètement, le plein de courses hebdomadaire, organisé à l’avance, n’est plus la norme ».

6/ On navigue entre les solutions

« Les achats sont devenus plus fréquents et plus fragmentés, souvent décidés au dernier moment, en fonction des contraintes de la journée. C’est un retournement majeur : en 5 ans, la grande distribution a perdu près de 8 Mds€ de CA selon circana, signe que le commerce d’éloignement, les HM/SM, ne séduit plus et les clients se tournent davantage vers le commerce de proximité. Je prends un exemple très simple qui va vous parler : il est 19h30 ou 20h, vous sortez du bureau, ou d’une journée en télétravail. Vous n’avez rien prévu pour le dîner. Vous avez peu de temps, mais vous avez quand même envie de bien manger. Vous ne voulez pas passer une heure en cuisine, mais vous ne voulez pas non plus renoncer à la qualité. Dans ce moment-là, plusieurs options coexistent : le restaurant, la livraison, le commerce de proximité. Et souvent, on navigue entre ces solutions ».

7/ Moins de temps, mais plus d’attentes

« On observe exactement la même chose sur le déjeuner. La pause déjeuner classique , au restaurant entre collègues, s’est désacralisée et le télétravail a fragmenté les rythmes. Même les restaurants d’entreprise voient leur fréquentation évoluer. Et pourtant, dans le même temps , l’exigence alimentaire n’a jamais été aussi forte . Les Français cuisinent moins, mais ils veulent mieux se nourrir. C’est ça, aujourd’hui, la réalité : une alimentation à la fois plus contrainte et plus choisie. Cela se voit dans les chiffres, grâce auxquels on observe que les formats nomades s’imposent : le snacking représente déjà près de 45 % des repas et 38 % du chiffre d’affaires de la restauration commerciale. Ce marché est donc considérable : la restauration hors domicile représente aujourd’hui plus de 57 milliards d’euros en France , avec une croissance de 6 % en 2024 (Gira Conseil). Cela crée une tension intéressante : moins de temps, mais plus d’attentes. Et c’est précisément dans cet espace que tout notre secteur doit se réinventer . On le voit très clairement dans la manière dont les acteurs évoluent. Les frontières entre métiers deviennent beaucoup plus poreuses. Une boulangerie devient un lieu de vie. Un restaurateur développe de l’épicerie. Un commerçant propose du prêt-à-manger… Tout converge. Le Groupe Casino a compris ce tournant ».

La cantine, Oxygène, Cœur de blé, les réponses de Casino

8/ Une dizaine de La Cantine chaque année d’ici à 2030

« Que les choses soient claires : nous ne devenons pas restaurateurs. Notre métier, c’est d’être des commerçants. Des commerçants de proximité. Ce que nous faisons, c’est apporter une réponse à des tendances de consommation : besoin croissant de rapidité, de praticité, de livraison… C’est à ça que nous voulons répondre tout en garantissant des produits de qualité : on prouve que l’on peut se nourrir vite mais bien ! Nous avons déjà engagé cette dynamique dans nos marques, avec des stratégies adaptées à chacune d’elles. Monoprix, avec La Cantine , propose une offre complète, qualitative, et accessible couvrant tous les moments de la journée, avec des produits signés par des chefs. Un concept modulaire, pensé pour une montée en puissance rapide. Nous avons réalisé une dizaine de déploiements en 2025, une dizaine d’autres prévus chaque année d’ici à 2030. Franprix a lancé son concept Oxygène , qui intègre une offre snacking enrichie dans + d’une 100aine de points de vente à ce jour. Casino a développé en 2025 une soixantaine d’espaces Cœur de blé, avec des offres de snacking ou de plats cuisinés à emporter, en lien notamment avec des producteurs locaux. Idem pour, Naturalia, avec l’arrivée récente d’une offre snacking bio dans + d’une trentaine de magasins ».

9/ D’ici 10 ans, 50 % du CA du groupe Casino devra être issu de la restauration à emporter

« Avec ces concepts, l’idée est simple : répondre à ces nouveaux usages urbains où l’on veut se nourrir vite, mais bien . C’est d’ailleurs un choix stratégique structurant pour nous, puisque nous avons fait de la restauration à emporter l’un des trois piliers de notre plan , aux côtés des courses du quotidien et des services. Ma conviction : d’ici 10 ans, 50 % du CA du groupe Casino devra être issu de la restauration à emporter. Mais au fond, ce qui est intéressant dans ce type de concept, ce n’est pas seulement la nature de l’offre, c’est la logique qui la sous-tend : l’idée est de couvrir plusieurs moments de consommation, avec un même niveau d’exigence, dans un lieu de proximité, ancré dans la vie du quartier et adapté aux rythmes urbains ».

10/ Proposer une alternative complémentaire, pertinente

« On s’inscrit là dans une réalité très concrète : en France, la pause déjeuner représente plusieurs milliards de repas chaque année, mais ces moments sont de moins en moins homogènes. Ils deviennent plus courts, plus irréguliers, plus hybrides, et appellent donc des réponses plus souples. Nos concepts sont une manière de répondre à cette évolution. Non pas en cherchant à reproduire l’expérience du restaurant, ni à s’y substituer, mais en proposant une alternative complémentaire, pertinente dans certains moments du quotidien ».

Nourrir les Français, une responsabilité importante et une mission collective

11/ Nous partageons déjà beaucoup plus que ce qui nous distingue

« Parce que le consommateur, lui, ne fait pas la différence entre nos métiers. Il ne raisonne pas en catégories, il ne se demande pas s’il est en train d’aller chez un restaurateur ou chez un épicier. Il cherche simplement la réponse la plus juste à un besoin précis, à un moment donné de sa journée, avec un certain niveau d’exigence. Dans ce contexte , la question n’est pas de savoir qui prend des parts de marché à qui. La vraie question, c’est notre capacité à répondre ensemble à cette complexité croissante des usages. Car ces usages ne vont pas se simplifier, ils vont continuer à se fragmenter, à s’individualiser, à se transformer. D’autant plus que, dans le fond, nous partageons déjà beaucoup plus que ce qui nous distingue. Nous travaillons avec les mêmes producteurs , nous sommes confrontés aux mêmes enjeux de qualité, de traçabilité, de durabilité . Nous participons tous, chacun à notre manière, à faire vivre des filières locales et à maintenir un certain niveau d’exigence dans l’alimentation. Mais au-delà des produits et des modèles, nous portons aussi des valeurs communes. La convivialité, parce que se nourrir reste un moment de partage . Le plaisir, parce que bien manger n’est pas accessoire , c’est un élément essentiel du quotidien. Et puis le lien social, qui traverse tous nos formats, qu’il s’agisse d’un restaurant, d’un commerce de proximité ou d’un repas pris chez soi.

12/ Bien nourrir les Français, est clairement devenu une mission collective

« La restauration n’est pas un objectif en soi. Elle n’est pas là pour remplacer ce que nous faisons, mais pour compléter ce que nous proposons. C’est une voie d’avenir, mais aussi une responsabilité. Car en intégrant la restauration dans nos magasins, nous contribuons à redonner de la vie dans les quartiers, à créer de l’emploi local, à faire émerger de nouveaux usages. Nous ne le ferons pas seuls mais collectivement. Avec nos franchisés, avec nos partenaires PME, avec des chefs, avec des acteurs de la tech, de la logistique, du digital. Nourrir les Français a toujours été une responsabilité importante. Aujourd’hui, c’est clairement devenu une mission collective. Et bien nourrir les Français, dans un contexte où les attentes sont élevées et les modes de vie en pleine mutation, est sans doute l’un des défis majeurs que nous avons en commun ».

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