Spiritueux : ces trois piliers ébranlés par la crise
Les spiritueux français poursuivent leur déclin sur le marché domestique comme à l’export. Les PME, qui concentrent l’essentiel du secteur, sont en première ligne, selon le bilan annuel de la Fédération française des spiritueux.
Sur le marché français, les spiritueux ne réussissent pas à enrayer leur chute. La consommation recule en grande distribution (-2 % en volume et -1,6 % en valeur en 2025), tandis que le circuit des cafés hôtels-restaurants (CHR) résiste légèrement (+1,1 % en volume et +1,8 % en valeur).
« En grande distribution, on s’effrite. Ce n’est pas violent, mais c’est continu », analyse Thomas Gauthier, le directeur général de la Fédération française des spiritueux (FFS), à l’occasion du bilan annuel de la filière. « On est à la croisée des chemins. On a des marchés secoués, presque tous. L’atmosphère et l’environnement politique ne sont pas très rassurants non plus », poursuit-il.
1. Les whiskys et le rhum s’effondrent
Dans le même temps, le marché se recompose. Les catégories dites « festives » (vodka, gin, liqueurs ou encore spritz) tirent la croissance (+7,5 % en valeur sur trois ans en CHR), portées par l’essor des cocktails et des usages plus occasionnels, alors que les piliers historiques comme le whisky et le rhum concentrent 86 % des pertes des spiritueux.
« Ce sont des produits qui offrent plus de liberté, notamment en mixologie. Ils correspondent mieux à l’air du temps », explique le dirigeant. Le sans alcool, mais aussi l’aromatisation et les formats prêts à boire participent aussi à ce renouvellement, dans un contexte de baisse du degré d’alcool consommé.
2. L’export en chute libre
Pour la filière, le plus gros choc vient de l’international. En 2025, les exportations françaises de spiritueux ont chuté de 17,4 % en valeur, à 3,7 milliards d’euros. Une baisse liée aux tensions commerciales avec les Etats-Unis et la Chine, les deux premiers marchés du secteur.
Le président américain Donald Trump a fait des vins et spiritueux sa menace favorite de droits de douane, les ciblant régulièrement. Le cognac, locomotive de l’export, dégringole, avec une chute de près d’un quart en un an. « Avec les droits de douane, la perte des marchés est immédiate, alors que la conquête de nouveaux prend dix à quinze ans », souligne Thomas Gauthier.
3. Alerte sur les PME
Dans ce contexte, la situation des entreprises, majoritairement des PME (95 % du secteur), se tend. Déjà exposées à l’explosion des coûts de production (énergie, matières premières, emballages, transport), elles peinent à les répercuter dans les prix. Sur les six derniers mois, 65 % des entreprises ont vu leurs marges se contracter, 57 % ont noté une baisse de leur chiffre d’affaires et de 69 % de leur trésorerie, selon la fédération.
Plus largement, les producteurs demandent « de la stabilité et de la visibilité » dans un contexte politique jugé incertain, à l’approche de la présidentielle de 2027. À court terme, la filière redoute surtout un durcissement fiscal dans le cadre des arbitrages à venir pour le prochain budget gouvernemental. « Toute hausse supplémentaire annule les efforts de compétitivité et d’innovation », alerte le dirigeant.
Pour tenter de reprendre la main, la filière mise sur une stratégie de transformation, avec le lancement, pour la première fois, d’une feuille de route de « responsabilité sociétale à horizon 2026-2030 ». Si le plan en lui-même n’est pas d’une grande originalité, cette dernière réside dans son approche « collective à l’échelle de toute la filière, plutôt que par entreprise », estime la fédération, et elle inclut notamment des objectifs de réduction des emballages, l’eau ou encore l’amont agricole.
Par Camille Wong – A retrouver en cliquant sur Source
Source : Spiritueux : ces trois piliers ébranlés par la crise – Les Echos